Avr 092014
 

1312236-Le_Caravage_le_Couronnement_dépines 3° Mystère douloureux : Le couronnement d’épine

En plus de la flagellation et de la croix, sanctions pénales prévues par le droit, le Christ  subit des outrages et humiliations de la part de ceux qui le gardent.

En Mathieu (27, 27-31), on lui crache dessus, on le ligote, les soldats romains se rassemblent, on le déshabille, on le déguise en roi, on le frappe sur la tête avec des moqueries quant à son titre de Roi. En Marc (15, 15-20), les soldats romains se rassemblent après le procès, déguisent Jésus en roi, le tournent en dérision en singeant des hommages, le frappent sur la tête et lui crachent dessus. Puis ils lui enlèvent son déguisement et le ré-habillent. En Luc (22, 63-66), ce sont les gardes du Temple, qui, avant le procès, se moquent de lui et le maltraitent. On lui cache le visage, on le frappe, on l’insulte et on tourne en dérision son rôle de prophète en l’incitant à deviner qui lui porte des coups. Chez Jean (19, 1-22), il est déguisé en Roi, avec couronne d’épines et manteau de pourpre, et giflé. Pas d’indication de lieux !

La description des outrages subis par Jésus est celle d’une séance de brutalité policière dans laquelle des gardiens, abusant de leur pouvoir et de leur force, maltraitent gratuitement et violemment un détenu. Plusieurs éléments de ces actes de cruauté inadmissible sont à méditer :

  • Sur Jésus arrêté et ligoté, pleuvent les coups, les injures et les crachats. Cette scène établit un lien entre lui et le personnage du Serviteur Souffrant chez Isaïe.

Dans le livre d’Isaïe se trouve une série de 4 poèmes (42-54) appelés « chant du serviteur souffrant », et rédigés pendant la déportation du peuple à Babylone. Ils évoquent un mystérieux serviteur de Dieu, ayant une mission de consolation, de réconfort et de justice. Mais sa mission se vit à travers le sacrifice de lui-même, appelé à vivre une persécution et une condamnation à mort, en persistant dans le silence et dans la douceur. Cette persécution lui est infligé par ceux qui le refusent, le rejettent et le méprisent.

Is 42, 1 :

Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique.

Is 49, 1-7 :

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs  ! J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi sa flèche préférée, il m’a serré dans son carquois. Il m’a dit :« Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai. »  Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. »Et pourtant, mon droit subsistait aux yeux du Seigneur, ma récompense auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force.  Il parle ainsi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.»

Is 50, 4-9

Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire. Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble. Quelqu’un a-t-il une accusation à porter contre moi ? Qu’il s’avance ! Voici le Seigneur Dieu qui vient prendre ma défense : qui donc me condamnera ?

La figure du serviteur souffrant est donc celle d’un disciple exemplaire qu’aucune épreuve ne fera sortir d’une attitude de douceur et de miséricorde, encore moins renoncer à une mission reçue de Dieu. Or cette persistance dans la douceur et le pardon est celle que le Christ choisit de vivre au cours de sa Passion.

  • indexLa couronne : Les ornements Royaux : afin de mesurer la portée de cette humiliation subie par le Christ et d’en comprendre le sens, il convient d’abord de se rappeler que, dans l’Ancien Testament, la monarchie fut instituée contre l’avis de Dieu (1S 8), et même en signe de rejet de Dieu. De la part de Dieu ; le prophète Samuel met en garde contre les dangers d’une politisation du religieux. Pourtant, par la suite, Dieu finit par s’impliquer dans le choix du Roi et convertit la monarchie à son projet. De la sorte, même si cette institution n’est pas à l’initiative de Dieu, celui-ci la fait concourir à son projet, tout en lui conservant son caractère humain : la monarchie restera toujours une institution ambiguë pour le peuple d’un Dieu dont le Royaume n’est pas de ce monde.

Dans l’Ancien Testament, les insignes spécifiques du monarque ne seront jamais des prescriptions de Dieu (contrairement aux insignes du sacerdoce), mais toujours empruntés aux monarques voisins, voire aux idoles.  Ainsi (2 S 12, 30) David emprunte la couronne d’une idole ; dans le livre d’Esther, le couronnement de Mardoché accumule les mêmes détails que les outrages du Christ (couronne, manteau de pourpre) et le sacre constitue une réhabilitation de Mardochée lors d’un renversement de situation qui fait tout contribuer au bien de Dieu.

La description des insignes royaux que nous font les récits de la Passion est celle qui s’applique à des souverains juifs et païens (couronne et le sceptre). Dans la scène des outrages, Jésus est un roi Juif, intronisé par des païens : d’une part, cela met en valeur le caractère universel de son règne. La couronne signifie la Royauté du Christ, mais parce qu’elle est d’épines, elle renvoie à l’espérance d’une autre royauté et évoque une autre couronne : celle de la grâce, de la joie et de la tendresse de Dieu, promise par l’Ancien Testament.

Pr 4 : 7-9

Voici le premier principe de la sagesse : la sagesse s’acquiert : donne tout ce que tu as pu acquérir pour acquérir l’intelligence. Si tu lui demeures attaché, elle t’élèvera ; si tu l’embrasses, elle fera ta gloire. Elle posera sur ta tête un diadème d’honneur, elle te donnera une couronne de beauté.

Si 1, 11

La crainte du Seigneur est gloire et fierté, grâce et couronne d’allégresse.

Si 15, 6 (à propos de la sagesse) :

Il trouvera la joie et recevra une couronne d’allégresse, il aura pour héritage une renommée éternelle.

 

  • Le vêtement de pourpre : Tout d’abord, le vêtement dans la bible a un sens symbolique très fort. Il signifie à la foi la dignité de la personne et plus encore, son identité devant Dieu. Dépouiller quelqu’un de son vêtement revient à le priver de sa dignité et de son identité. Au contraire, habiller, c’est valoriser l’autre, et mettre en valeur son identité, sa fonction, sa vocation.10241954

Le manteau de pourpre est l’un des attributs royaux des monarques de cette époque, qu’ils soient juifs ou païens. Là encore, en revêtir Jésus par dérision, c’est mettre en valeur sa royauté, mais signifier du même coup que sa royauté est d’un autre ordre. D’une part, ce vêtement a aussi une signification sacerdotale dans l’A.T.  Il relie Jésus à l’autel du (Nb 4, 11. 13. 14.) Jésus est ainsi assimilé à l’autel, lui qui est le véritable sanctuaire, le véritable Temple, et au trône de Salomon. D’autre part, il y a un parallèle possible entre le vêtement de pourpre et le tablier du serviteur, puisque le lavement des pieds et le déguisement de Jésus en Roi sont les deux épisodes qui mettent en scène Jésus se déshabillant puis se rhabillant : le lavement des pieds et la passion. Dans les deux cas, Jésus quitte son vêtement, pour en prendre un autre, avant de reprendre ses vêtements. La royauté de Jésus est celle d’un serviteur

Conclusion :

Une phrase de la prière eucharistique peut éclairer ce douloureux mystère : « il est entré librement dans sa Passion ». Oser proclamer ce paradoxe n’est possible que si l’on conçoit avec justesse ce qu’est la liberté du Christ, annoncée et préfigurée par la mission du serviteur souffrant. Le Christ est venu pour sceller par amour une réconciliation entre Dieu et l’humanité, de sorte que l’Alliance soit indéfectiblement offerte à tous. Or, au cours de sa Passion, aucune violences, aucune souffrance, aucune haine, ni même la mort, ne le feront sortir de la voie du pardon et de l’amour. Jamais le Christ ne cède à la colère ou à la haine, il persiste dans la douceur et la miséricorde jusqu’à pardonner à ses bourreaux. La liberté du serviteur souffrant est donc celle-ci : demeurer fidèle à sa vocation malgré les obstacles et l’adversité : Jésus reste libre d’aimer et de pardonner ! Rien ne peut le contraindre à vivre autre chose et autrement. Sa capacité à aimer demeure souverainement libre et inébranlable.

 

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