Jan 092015
 

Au nom du Christ, endiguez la violence, et vite !

Un événement tragique vient de se dérouler en France, un crime violent dans lequel une dizaine de personnes ont été assassinées. Ce crime s’est déroulé avant-hier, c’est-à-dire il y a très peu de temps. Trop peu de temps pour avoir le temps d’analyser l’événement, de vérifier le bien-fondé de ce qui est affirmé ici ou là. Déjà, la machine médiatique est en marche, l’affaire a un retentissement national, déclenche les réactions des plus hautes autorités de l’état et chacun y va de sa prise de parole ou de son geste symbolique, y compris une association locale de pêcheurs à la ligne ! Partout, les mêmes mots, le même vocabulaire et déjà, des slogans !

L’Eglise catholique fait partie des institutions qui ont pris publiquement la parole pour condamner cet acte odieux. Elle fait aussi partie des institutions qui ont participé au deuil national décrété par le gouvernement de notre pays, notamment en incitant à sonner le glas dans nos églises à l’heure de la minute de silence observée dans la plupart de nos communes. Notre évêque s’est exprimé à ce sujet sur le site internet du diocèse.

Si l’indignation est unanimement partagée, son expression publique est plus délicate. Le slogan utilisé par ceux qui, légitimement, souhaitent manifester leur solidarité avec les victimes et leurs convictions démocratiques, est un slogan malheureux : « Je suis Charlie ». De fait, ce slogan créé une confusion entre la compassion pour des personnes victimes d’une violence intolérable et la solidarité avec une revue dont la ligne éditoriale n’est pas du goût de tous. Il est des gens qui ont eu l’impression de se voir confisquer leur élan de solidarité à cause de cette formule qui les reliait, contre leurs convictions, à une revue qu’ils n’approuvent pas, entre autre pour ses caricatures féroces de l’Eglise, de la Foi, et des religions.

Alors, comment réagir de manière évangélique pour manifester la compassion du Christ envers toutes les victimes, sans se laisser amalgamer à des opinions qui ne sont pas les nôtres, ni sur le fond, ni sur la forme de leur expression ? Que dire au nom de l’Evangile à l’heure où désormais, plusieurs actes de violences ont été commis dans nos régions, où deux prises d’otages sont en cours dans notre pays, et dont les médias laissent à penser qu’elles pourraient avoir un lien avec l’attentat de mercredi ?

  • Première conviction : on ne peut pas se taire ! Il faut oser prendre la parole, mais avec responsabilité et discernement. Contrairement à ce que l’on entend, un crayon peut être meurtrier. Le dessinateur Cabu lui-même, affirmait « qu’un dessin est un fusil à un coup » : il y a des mots qui détruisent, des paroles blessantes, des phrases assassines. Et dans la conjoncture actuelle, chacun est appelé à se faire artisan de paix, notamment en évaluant la portée et l’impact de ses propos avant de les dire.
  • Deuxième conviction : il faut oser prendre la parole pour dénoncer ! Dénoncer la violence armée et le meurtre, autant celle qui s’est exercée à Paris, que celle qui s’est exercée depuis contre des mosquées, ailleurs dans notre pays. Coûte que coûte, persister dans le refus de toute violence, y compris verbale, pour ne pas envenimer les situations, véhiculer peurs et défiance, entretenir la colère voire la haine.
  • Troisième conviction : il faut oser prendre la parole pour annoncer ! Annoncer un Dieu de paix et de miséricorde. Annoncer la réconciliation. Dire qu’il existe un dialogue interreligieux, un dialogue œcuménique, un dialogue entre les institutions civiles et religieuses. Militer sans cesse pour sortir du choc des cultures et revenir au dialogue des civilisations, dire qu’il est possible de vivre ensemble au sein d’une même société.
  • Quatrième conviction : il faut oser … le silence aussi ! Il est des paroles avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord, des slogans qui nous heurtent, des réactions pas toujours très mesurées et dont on espère que leurs auteurs ont eu des mots qui dépassaient leur pensée sous le coup d’une émotion compréhensible. A quoi bon vouloir réagir tout de suite, corriger ceci ou contester cela ? Ce peut-être nécessaire parfois, mais dans les circonstances du jour, il est bon aussi d’avoir de ces silences qui coupent court aux polémiques stériles, qui stoppent les dialogues de sourds et empêchent que de l’huile ne soit jetée sur le feu.
  • Cinquième conviction : il faut oser … l’écoute bienveillante de l’autre et de tous les autres. Dans ce type de circonstances dramatiques, l’émotion est forte et beaucoup ont besoin de s’exprimer, de verbaliser, y compris de façon pas toujours juste. Les médias donnent du retentissement aux propos des uns et des autres, amplifient les émotions … et au final, quelle cacophonie ! Alors, écouter religieusement, c’est-à-dire avec discernement pour distinguer les bonnes paroles des mauvaises, les propos qui promeuvent la paix et la confiance de ceux qui entretiennent l’animosité et les méfiances.

Pour conclure, peut-être faut-il se reporter aux témoignages de ceux qui se sont battus et se battent encore contre des lois proposées par un gouvernement avec lesquelles ils sont en opposition au nom de leur Foi le plus souvent (mais pas toujours). Je veux parler ici du mouvement des veilleurs. Ils nous montrent l’exemple d’une opposition ferme mais pacifique. Ils nous montrent qu’il est possible d’exprimer un désaccord et une indignation de façon déterminée mais non violente, ni en acte, ni en parole.

Alors disons notre refus de la haine et de la barbarie, mais sans tomber dans les travers que nous dénonçons ! Regardons comment le Christ dans sa Passion s’est dressé contre le péché, comment il a guéri le soldat qui venait l’arrêter et que Pierre avait frappé !

Retrouvez
– le message du Pape François au Cardinal Vingt-Trois suite à l’attentat contre Charlie Hebdo en cliquant sur :
http://www.eglise.catholique.fr/actualites/388645-message-du-pape-francois-au-cardinal-vingt-trois-suite-lattentat-contre-charlie-hebdo/

– la déclaration du Cardinal Tauran, de Mgr Dubost, du Père Roucou et de quatre imams de France en cliquant sur :
http://www.eglise.catholique.fr/actualites/388671-declaration-du-cardinal-tauran-mgr-dubost-du-pere-roucou-quatre-imams-france/

– le témoignage de Monseigneur Armand Maillard en cliquant sur :
http://www.diocese-bourges.org/actualites/laberration-de-mgr-maillard

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