Jan 022016
 

              Après avoir parcouru l’Ancien Testament lors des trois premiers enseignements, nous entrons dans les évangiles et le Nouveau Testament. Il ne s’agit pas d’en tirer un enseignement exhaustif sur la miséricorde, mais plutôt de pointer ce que le Christ apporte de nouveau à ce sujet. Ce faisant, nous continuons à suivre les réflexions du cardinal Kasper, dans l’ouvrage que nous avons déjà cité : « La Miséricorde. Notion fondamentale de l’Evangile. Clef de la vie chrétienne. » En particulier, nous tenterons d’apporter une explication à cette phrase du pape François, qui écrit au n° 20 de la bulle d’indiction du jubilé : « La justice de Dieu devient désormais libération pour ceux qui sont esclaves du péché et de toutes ses conséquences. La justice de Dieu est son pardon (cf. Ps 50, 11-16). » De fait, lorsque nous avons lu ce texte et discuté en Conseil Pastoral, cette phrase est ressortie comme difficile à comprendre pour certains d’entre nous. Libérer du péché et de ses conséquences ! Qu’est-ce que cela signifie ? Pour cela, il nous faudra prendre la mesure de ce à quoi la miséricorde du Père conduit le Christ. Cela nous permettra d’approfondir l’ampleur de cette grâce qui nous est faite et de mieux percevoir en quoi elle consiste.

I – Miséricorde et Patience de Dieu :

              En conclusion du parcours effectué dans l’Ancien testament, nous pouvons affirmer que La miséricorde divine va avec sa patience qui certes, offre un espace de conversion pour les coupables, mais jamais au détriment des victimes. Les plus petits et les plus pauvres sont les sujets privilégiés de cette miséricorde. Mais comme le souligne le pape François dans la bulle d’indiction (N°6), le binôme qui parcoure l’Ancien Testament pour révéler la nature de Dieu est « patient et miséricordieux ».

              Christ-roi-15_jpgPour comprendre ce que cela peut signifier, un peu d’étymologie est bienvenue : Le mot “patient” est un dérivé du mot latin “patiens”, participe présent du verbe “pati”, signifiant “celui qui souffre”, “celui qui endure”. La patience désigne donc la capacité à supporter le mal, à durer et tenir dans la souffrance. D’ores et déjà, cette définition du langage ouvre la perspective d’un lien entre la patience du Père et la Passion du Fils.

              De fait, l’Ancient Testament nous a révélé que la patience de Dieu laisse au pêcheur le temps de se convertir. Mais sa miséricorde envers le pêcheur n’étant pas une injustice envers la victime du péché, il ne consent pas à ce que le délai de grâce ainsi offert ajoute à la souffrance des victimes du mal. Alors qu’en est-il des  souffrances supplémentaires occasionnées par les pécheurs à qui est offert le temps de la conversion, permettant ainsi, en quelque sorte, que se prolonge la durée du mal ? Et qu’en est-il du pêcheur qui continue d’offenser Dieu pendant ce délai de grâce ? De quelle souffrance parles-t-on, et qui l’endure ? C’est là qu’il faut se rappeler que le mot « patience » va avec le verbe « pâtir », et que la miséricorde divine est probablement donnée au prix d’une souffrance de Dieu.

II – péché et mort

            Dans la compréhension biblique de l’Homme, Dieu est créateur, il n’est que vie. Refuser Dieu, c’est refuserJB-05 l’auteur de la vie et donc la vie elle-même, de sorte qu’il n’y a pas d’alternative entre Dieu et la mort. La mort inéluctable est la conséquence du péché. Il y a donc une détresse spirituelle de grande ampleur pour le pêcheur, mais plus encore pour toute l’humanité, solidaire dans le péché et les œuvres de morts. L’horizon du péché, ce n’est pas une autre vie que celle de Dieu puisqu’il n’en existe pas d’autres que celle qu’il créé et qu’il nous offre. L’horizon du péché, c’est la destruction de toute vie, l’impossibilité d’un bonheur, le refus de tout ce qui vient de Dieu. Le péché détruit la création de Dieu, il n’est pas humain, mais déshumanisant. La conséquence du péché, c’est donc la mort, et l’homme n’a pas d’autres issues devant lui !

III – miséricorde et substitution :

            Soyons clair, l’Evangile nous dévoile que le Christ est le visage de la miséricorde du Père, la visibilité de cette miséricorde. Or, ce sont justement ses œuvres de miséricorde qui lui seront reproché et le conduiront à la Passion et la mort sur la croix. Il fait du bien le jour du sabbat et pardonne aux pêcheurs. Autrement dit, Jésus témoigne de la miséricorde du père en se chargeant de la souffrance humaine et en offrant le pardon des offenses. Il pâtit du péché. Mais plus encore, non seulement il agît face au péché, mais il en assume aussi l’ultime conséquence : la mort !

            Bible-SowerPar la Passion, la mort et la résurrection du Christ, la miséricorde apparaît comme une grâce couteuse qui ne fait pas l’impasse sur la justice, puisqu’il faut assumer les conséquences de la faute. Mais la miséricorde divine conduit le Christ à assumer à notre place les conséquences de nos fautes, en prenant sur lui la souffrance et la mort humaine. En cela, il accomplit le mystérieux texte d’Isaïe, à propos du “serviteur souffrant” (lire Isaïe, 53, 10-12). Ainsi, la miséricorde du Père se dévoile dans le Christ qui meurt et ressuscite : la mort est assumée et vaincue.

           Pour décrire ce mystère, l’Eglise, dans son histoire, a utilisé le terme de “substitution” reprenant les affirmations du Nouveau testament selon lesquelles “un seul est mort pour tous”. (Cf. Lc 22, 19ss ; Mt 26, 28 ; Mc 14, 24). Pour autant, il ne faudrait pas se méprendre sur cette expression et ce mot. Il ne s’agit pas là d’une réalité relevant d’un Dieu vengeur voulant absolument que quelqu’un paye pour les autres. Il ne s’agit pas non plus d’une déresponsabilisation de l’Homme venant d’un Dieu qui agirait à notre place. La “substitution” nous dit que Dieu, en son Fils Jésus, réalise ce que nous ne pouvions pas faire par nous-mêmes. Comme lui, nous n’éviterons pas la mort, conséquence du péché, mais en lui, nous serons rendu participants de sa victoire sur la mort. De ce fait, il recrée une perspective de vie là où nous n’avions plus que l’impasse de la mort. Autrement dit, parce qu’il accepte d’assumer les conséquences du péché, il vient restaurer notre liberté et notre responsabilité. Là où il n’y avait que l’horizon de la mort, existe à nouveau la possibilité de choisir la vie.

           Ainsi prends l’affirmation selon laquelle le Christ nous délivre du péché et de ses conséquences. Si nous mourrons avec lui, avec lui nous vivrons. Ainsi prends sens également le binôme “miséricorde et patience ”, d’un Dieu qui pour nous sauver, accepte en son Fils de vivre la Passion, d’endurer la souffrance de l’Homme et d’assumer la mort.

Déc 232015
 
jubilé de la Miséricorde ... 3° enseignement de l'Avent

 3 ° conférence : Introduction :           Dans la première des conférences de l’Avent, nous avons entamé un parcours biblique dans l’Ancien Testament, qui nous a permis de commencer à comprendre ce qu’était la miséricorde divine. Un rapide parcours dans le livre de l’Exode nous a ainsi montré que la miséricorde divine fait d’emblée partie de la Révélation fondatrice et fondamentale de Dieu à son peuple. Elle se manifeste et se déploie avec sa sainteté, sa liberté et sa fidélité. Elle est un engagement de Dieu dans l’histoire, pour libérer son peuple de toute souffrance, re-proposer inlassablement l’Alliance à ceux qui l’ont [Lire la suite…]

Déc 192015
 
Jubilé de la miséricorde ... 2° enseignement de l'Avent

  II – Dans l’Ancien Testament :                Une  lecture rapide de l’Ancien Testament peut donner l’impression d’évoquer un Dieu vengeur et coléreux,(Lire Deutéronome 7, 21-24 : 21) et bien des lecteurs se sentent rebutés par des textes trop violents. Mais cette impression n’est que générale, et finalement superficielle ! Elle ne rend pas compte de la pédagogie divine et de la révélation progressive de Dieu dans l’histoire du Salut. De fait, c’est-au-fur et à mesure qu’il éduque et marche avec son peuple que Dieu se dévoile et se fait connaître. Dès les premières théophanies,  (manifestations de Dieu), l’idée de miséricorde (à défaut du mot) se [Lire la suite…]

Déc 192015
 
Jubilé de la miséricorde ... 1° enseignement de l'Avent

 Introduction générale : Un Jubilé de la miséricorde ? Pourquoi ?           Tout d’abord, il convient de prendre conscience qu’il est important, voire fondamental, que tous se sentent concernés par la démarche jubilaire. Qu’on y songe un peu : sur 7 milliards d’habitants pour notre planète, 1,2 sont catholiques, pour 2,2 milliards de chrétiens en tout. Autrement dit, si chacun répond à l’appel du jubilé, 1 terrien sur 7 pourrait devenir plus miséricordieux au cours des mois à venir … imagine-t-on l’influence que cela pourrait avoir sur la vie du monde ? C’est peut-être parce qu’ils étaient conscient de cela, qu’à la tête de l’Eglise, nos [Lire la suite…]

Avr 052015
 
Méditations du Chemin de Croix X - XI - XII

X – Jésus est mis en croix : Marc 15, 22 – 27 : Et ils amènent Jésus au lieu-dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.           Ça [Lire la suite…]

Mar 142015
 
Méditations du Chemin de Croix VII - VIII - IX

VII – Jésus est chargé de sa croix : Jean 19, 17-18 : « Et lui-même (Jésus), portant sa croix, sortit en direction du lieu-dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. »           Jésus est chargé de sa croix. Ici, il convient de relire le prophète Isaïe, au chapitre 53, 1-5 : « Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous [Lire la suite…]

Jan 092015
 
Au nom du Christ, endiguez la violence, et vite !

Au nom du Christ, endiguez la violence, et vite ! Un événement tragique vient de se dérouler en France, un crime violent dans lequel une dizaine de personnes ont été assassinées. Ce crime s’est déroulé avant-hier, c’est-à-dire il y a très peu de temps. Trop peu de temps pour avoir le temps d’analyser l’événement, de vérifier le bien-fondé de ce qui est affirmé ici ou là. Déjà, la machine médiatique est en marche, l’affaire a un retentissement national, déclenche les réactions des plus hautes autorités de l’état et chacun y va de sa prise de parole ou de son geste symbolique, [Lire la suite…]

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