Juil 292016
 

Réagir à la violence :14

            Les agressions violentes et brutales que sont les attentats commis, contre des foules ou des personnes, entrainent des réactions en chaine. En cela, ces actes s’apparentent à des péchés capitaux, dont il convient de comprendre la signification. Le péché capital ne désigne pas un degré de gravité, mais le fait qu’il s’agit d’un péché dont découlent les autres (du latin “caput-capitis” : la tête). Un acte qui en déclenche d’autres, de sorte que le mal commis trouve un débouché et que d’autres maux s’accomplissent à sa suite. Comme nous en avons hélas l’habitude, chaque attentat déclenche par exemple, des flots de propos haineux sur les réseaux sociaux, et qui entretiennent les animosités !

            Il y a donc un enjeu spirituel de grande importance à prendre la mesure de nos réactions face à des actes d’une telle barbarie. La question peut se poser en ces termes : comment, par mes propres réactions, éviter d’ouvrir un débouché au mal déjà commis ? Comment mettre un terme à la violence, et stopper la spirale du mal et de la mort ?

            Les chrétiens ne sont pas sans référence à ce sujet. Jésus a été critiqué, menacé, agressé, rejeté, calomnié, méprisé, arrêté, torturé et assassiné ! Et ses disciples après lui. Souvenons-nous de Gethsémani, du réflexe de Pierre qui dégaine son glaive pour protéger son Messie, et ce dernier qui lui demande de remettre son arme au fourreau avant de guérir le serviteur du grand prêtre, blessé à l’oreille. Souvenons-nous de son procès, lorsqu’il indique que son Royaume n’est pas de ce monde, raison pour laquelle il n’a pas de soldats pour se battre en son nom !

Pour autant, Jésus ne prône pas la passivité face à l’agression. L’appel à “tendre l’autre joue” (Mathieu 5, 38-39) n’est pas une mièvrerie qu’il faut prendre au pied de la lettre. Certes “tu ne tueras point !”, mais tu ne laisseras pas tuer ton prochain non plus ! Et le Jubilé que nous célébrons actuellement vient à point nommé pour nous rappeler que la Miséricorde envers les coupables ne saurait être une injustice envers les victimes.

Dans l’évangile de St Jean (18, 23), Jésus réagit à celui qui le frappe. Ce faisant, il invente une forme de réponse à la violence qui n’est pas une autre violence, mais permet de sortir de la logique des représailles. Dans l’émotion qui nous étreint, il devient plus que jamais urgent de nous référer à l’Evangile, de chercher à la suite du Christ comment réagir, que dire, que faire, et finalement, témoigner de quoi et comment ?

Pour cela, il convient d’abord de nous laisser évangéliser nous-même en exposant ce qui nous habite à la grâce de Dieu, puis, à la mesure et au gré de cette grâce, d’opérer un discernement .

Se laisser évangéliser soi-même :74350539

N’importe quel évènement, à fortiori l’ignoble attentat perpétré contre un prêtre et des fidèles, lors d’une messe, et qui fait suite à d’autres actes innommables, déclenche des réactions intérieures en chacun de nous : tristesse, peur, dégoût, colère, soif de vengeance  etc. Des réflexions diverses tournent en boucle dans nos têtes, à propos de ceci ou de cela, de ce qu’il faudrait faire ou non, des responsables, irresponsables, coupables … Bref, il faut admettre que, dans ce genre de circonstances, nous sommes affrontés à un véritable chahut intérieur, une cacophonie bruyante, à moins que ça ne soit une sidération muette, ou bien que tout cela alterne en nous ?

Ces réactions sont normales au point que nous ne devons pas nous étonner de les ressentir, ni même culpabiliser de les avoir. En soi, elles ne sont pas un mal, même si certaines sont d’emblée très contraire à l’Evangile. Ce qui importe, c’est de savoir ce que nous en faisons de ces réactions diverses et variées ?

Dans la Bible, les psaumes constituent une école de prière pour ce type de situation. En eux, sont intégrés tous les cris de l’humanité, y compris le désespoir et la haine de l’autre. Ils nous invitent donc à un geste simple : assumer dans la prière ce qui nous habite, sans honte ni culpabilité : exposer à la grâce de Dieu nos sentiments, nos émotions, nos réactions, bref, tout ce qui constitue notre humanité et nous affecte. Oser dire : « je viens vers toi Seigneur, pour te dire ma colère, ma peur, ma haine de l’autre, mon racisme, ma soif de vengeance, etc ! » Oui, lorsque nous sommes bouleversés, il convient d’abord de tout exposer à la grâce de Dieu, et sans aucun tabou.

Dans un second temps, peut-être qu’il faut s’astreindre à formuler des demandes en prière, à propos de ces ressentis que l’on a exprimé. « Cette colère Seigneur, est-ce qu’elle vient de toi ou non ? Est-elle un fruit de ta grâce ou pas ? Si elle vient de toi, qu’elle demeure en moi. Mais si elle ne vient pas de toi, alors apaise-là Seigneur ! Viens par ta grâce transfigurer ce que je ressens ? Inspire toi-même mes émotions, mes sentiments, mes réflexions. Et que ne demeure en moi que ce qui vient de toi ! »

En faisant ainsi, on entre alors dans ce que nous appelons « le combat spirituel », c’est-à-dire le combat de l’Esprit Saint, celui que l’Esprit de Dieu mène en nous contre les forces du mal qui nous travaillent et nous influencent.

Ce n’est qu’au prix de ce combat, donc en prenant le temps, en assumant sa durée, que nous pourrons alors réagir et passer à l’action, une action dont les motivations auront d’abord été purifiées par la grâce divine.

 

Discerner :Station-8-JESUS-CONSOLE-LES-FEMMES-DE-JERUSALEM

            Ainsi donc, nous sommes traversés et animés par des “énergies”, des forces qui nous mettent en mouvement et nous poussent à l’action. Pour autant, toutes ces énergies n’ont pas la même valeur et n’affectent pas nos attitudes et nos gestes de la même manière. Il y a des bonnes et des mauvaises influences, de sorte qu’il importe de savoir les distinguer et les reconnaître, avant de nous laisser mener par elle.

            Classiquement, il convient de distinguer 3 types d’énergies :

1 – les émotions : une énergie soudaine, courte, plus ou moins puissante, qui a pour particularité d’annihiler notre intelligence. Agir sous le coup d’une émotion n’est pas conseillé, car ces dernières nous font perdre tout ou partie de notre lucidité.

2 – les passions : une énergie puissante, qui s’installe dans la durée et qui ; comme l’émotion, submerge notre intelligence de sorte que les actions qui en découlent sont souvent déraisonnables.

3 – les sentiments : une énergie à l’intensité variable,  mais durable. Sa particularité est, qu’au contraire des émotions et passions, elle stimule l’intelligence pour nous conduire à des actions raisonnables et sensées.

 

            Dans les circonstances dramatiques que nous traversons, nous sommes, par exemple, confrontés  à la peur. Mais de quelle sorte de peur s’agit-il ?

1 – si cette peur est une émotion, on la désigne par le mot “frayeur”. Elle est soudaine, tétanisante, mais ne dure pas. Il convient alors de se maitriser soi-même et de s’interdire de réagir avant qu’elle ne soit apaisée.

2 – si cette peur est une passion, on la désigne par le mot “phobie”. Dans ce cas, elle peut même être une pathologie psychologique. Et ceux qui en sont atteints savent que lorsqu’elle se déclenche, ils perdent tous leurs moyens et sont prêts à faire n’importe quoi.

3 – Si cette peur est un sentiment, on la désigne par le mot de “crainte”. Cette peur-là stimule notre intelligence, nous incitant à la prudence pour trouver une solution raisonnable qui permette d’évacuer ou de transformer le danger.

            Un paroissien qui fit une carrière militaire comme démineur m’a un jour témoigné du caractère salutaire du sentiment de peur, c’est-à-dire de la crainte, qui pousse à s’approcher du danger, avec prudence, à prendre le temps de l’analyser, de le comprendre, afin de trouver le moyen de le négocier, voire de l’éradiquer La frayeur ou la phobie ne lui aurait jamais permis d’effectuer son travail.

            Prenons le temps de discerner ce qui se passe en nous, afin de ne pas nous laisser influencer par n’importe quel mouvement intérieur, dans des circonstances qui nous bouleversent profondément. Et demandons à Dieu la grâce de savoir distinguer ce qui vient de lui, de passer de l’émotion aux sentiments, afin d’agir avec intelligence.

Père Patrick Guinnepain

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