Mar 152016
 

 

           8NR4QuCdaI7z6ktVzcawjpT71qIPuisque Jésus lui-même n’a pas dédaigné la métaphore de la pêche pour appeler Pierre Jacques et Jean à devenir ses disciples et leur expliquer le fond de leur mission (Cf. Luc 5, 1-11), qu’il me soit permis de tenter (modestement) comme un prolongement de sa pédagogie, en évoquant la pêche à la truite et les appels spirituels qu’elle reflète. Car après tout, chaque pêcheur qui regarde l’eau sait bien qu’elle est le miroir du ciel !

          Ce week-end donc, c’était l’ouverture de la pêche à la truite. Vous connaissez votre curé et vous doutez bien1 qu’après la messe dominicale, il s’en est allée courir les berges assouvir sa passion. J’aime à traquer les carnassiers d’eau douce, et donc la truite, en utilisant les diverses techniques de la pêche aux leurres. Il s’agit d’imiter la proie d’un poisson carnivore, de l’animer du bout de sa canne, pour déclencher l’attaque de l’espèce convoitée. En mars, ce n’est certes pas la meilleure technique, mais je m’obstine à la pratiquer, car c’est la méthode de pêche qui m’amuse le plus. Ceci dit, il est franchement trop tôt pour que cette manière de faire soit réellement efficace. De fait, malgré les remontées de grues qui l’annoncent, le printemps n’est pas arrivé. L’eau est encore froide, chargée de sédiment, avec les courants puissants des rivières bien remplies. Le poisson n’est pas encore tout à fait sorti de ses torpeurs hivernales, il n’est pas au mieux de sa forme et par conséquent, reste calé dans les fosses les plus creuses, à l’abri des courants, se nourrissant de ce qui traine sur le fond : vers et autres larves. Ainsi donc, ceux qui pêchent en faisant trainer des vers de terre au ras du fond tirent leur épingle du jeu, alors que ceux qui pêchent déjà aux leurres, imitant une nourriture de pleine eau ou de surface, sauvent à peine la bredouille. Comme on le dit dans le jargon des pêcheurs, la nourriture des truites n’est pas encore aérienne, elles ne regardent pas en haut, elles ne montent pas pour gober. D’ailleurs, il n’y a pas encore d’insectes dans les airs !

         pechemiraculeusebis Dans l’évangile, la métaphore de la pêche illustre la mission de l’Eglise. Chez Jean (Jean 21, 1-24), prendre du poisson équivaut à saisir les hommes dans les filets de Dieu pour les remonter vers le Royaume. Et ces truites de l’Abloux qui ne sortent pas encore de leur léthargie pour gober mes leurres en surface, m’interrogent sur ce dont je me nourris. Est-ce que je reste collé à terre à me nourrir sur le sol, ou suis-je capable de m’élever pour des mets plus en altitude, comme dame fario dans ses phases d’alimentation aérienne qui font la joie des pêcheurs à la mouche et autres leurres ?

          Cette distinction du terrestre et de l’aérien est évoquée dans l’Ancien Testament. Le livre des Nombre (Nbr 21, 4-9) joue sur cette comparaison dans le récit du serpent d’airain. Il y a d’un côté, le reptile rampant et de l’autre, celui qui est élevé sur un mât. Le premier est collé au sol tandis que le second est en hauteur, de sorte que l’un appartient à la terre et l’autre, au domaine du ciel. Si celui d’en bas assassine de sa morsure brûlante, celui d’en haut sauve de la mort. Et le serpent d’airain, dressé sur son mât, préfigure le Christ, descendu du ciel, élevé sur la croix, pour nous délivrer du mal et de la mort.

          Si je veux me laisser prendre par ce Dieu qui m’espère en ces filets, il me faut entrer dans un printemps de la Foi2 en passant, tel une truite, à une nourriture aérienne : s’alimenter de ce qui vient du ciel, que Dieu lui-même m’offre en nourriture, avec l’Eglise en guise de canne à pêche ! Concrètement, qu’est-ce à dire pour ceux qui font l’expérience d’une foi qui s’endort un peu, qui manque de vitalité et dont la vie spirituelle s’engourdit comme le poisson dans les eaux froides de l’hiver ?

          Il y a des nourritures simples et qui viennent du ciel : entre deux romans, pourquoi ne pas lire la biographie d’un saint ? Cela ne nécessite pas d’être surdiplômé en théologie, ne demande pas un gros effort intellectuel, c’est même distrayant et reposant. Et, force est de le reconnaître, la lecture d’une vie de saint, mis en valeur par l’Eglise pour le bien des fidèles, stimule notre propre désir de sainteté. De la même manière, un bon film religieux alimente, notre mémoire et nos réflexions de choses toutes spirituelles. Il en va de même pour la visite un peu approfondie d’une église, ou la contemplation d’une œuvre d’art.

          En plus des nourritures ordinaires, il est bon de s’offrir quelques banquets célestes à même de rassasier pour 10169267_273877482779258_9152278281345860136_nlongtemps. Là encore, la métaphore de la pêche parle à notre vie spirituelle. Lorsque vous avez les pieds dans l’eau et une canne à la main, que vous voyez soudainement s’élever des nuages de moucherons blancs depuis la surface de l’eau, vous savez qu’il s’agit d’une éclosion de mouche de mai. D’un seul coup, toute une nourriture aérienne est ainsi offerte aux truites chez qui se déclenche une frénésie alimentaire incroyable : ça gobe de partout, et en quelques minutes, vous pouvez en attraper un nombre considérable. Il en va de même pour notre vie chrétienne : il est des moments d’abondances pendant lesquels il est simple et facile de se laisser attraper par Dieu : ainsi des temps forts de la vie liturgique, des pèlerinages et des retraites. Là, un chrétien peut apprendre à s’alimenter de ce qui vient du ciel. Enfin, comment ne pas évoquer l’eucharistie, et plus précisément l’offertoire qui la précède ? N’est-ce pas le moment ou l’homme expose à la grâce de Dieu une nourriture venue de la terre pour qu’elle devienne l’aliment offert du ciel ?

          Alors, puisque l’ouverture de la truite correspond aux derniers jours de carême, bonne ultime préparation à Pâque, en regardant vers le haut, pour cueillir l’aérienne nourriture avec laquelle Dieu nous pêche en son Royaume.

Père Patrick, votre curé, (pauvre pêcheur)

Ps : bon, même si ma technique fétiche n’est pas adaptée à la saison, je tiens à préciser que je ne fus pas bredouille … et tant pis pour mon humilité !?!?!?

Social Media Icons Powered by Acurax Wordpress Development Company
Visit Us On FacebookVisit Us On YoutubeVisit Us On Twitter