Déc 192015
 

 Introduction générale : Un Jubilé de la miséricorde ? Pourquoi ?

         0-untitled Tout d’abord, il convient de prendre conscience qu’il est important, voire fondamental, que tous se sentent concernés par la démarche jubilaire. Qu’on y songe un peu : sur 7 milliards d’habitants pour notre planète, 1,2 sont catholiques, pour 2,2 milliards de chrétiens en tout. Autrement dit, si chacun répond à l’appel du jubilé, 1 terrien sur 7 pourrait devenir plus miséricordieux au cours des mois à venir … imagine-t-on l’influence que cela pourrait avoir sur la vie du monde ? C’est peut-être parce qu’ils étaient conscient de cela, qu’à la tête de l’Eglise, nos pasteurs semblent insister fortement sur ce sujet depuis plusieurs décennies.

           De fait, dans l’histoire récente, 3 papes ont notablement orientés et influencés la pensée et la vie de l’Eglise, dans la perspective de la “miséricorde”, désormais devenue un thème central du message évangélique.

           Jean XXIII le premier, était profondément marqué par ce thème. Comme le révèle son journal spirituel, il est animé par l’intime conviction que la “miséricorde” est ce qui caractérise la relation de Dieu à l’humanité, et donc ce qui doit caractériser la relation de l’Eglise au monde. Dans le discours d’ouverture du concile Vatican II, il affirme : « Aujourd’hui, l’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité ». Ce faisant, il donne à ce concile un ton nouveau, une nouvelle manière de proclamer et de vivre l’Evangile. L’objet de Vatican II ne sera donc pas d’abord d’attester, de rappeler ou de défendre une vérité, mais de chercher la pédagogie avec laquelle il convient de la proposer au monde. Ainsi est mis en avant le concept de « pastorale », qui établit un lien entre “miséricorde” et “vérité”. Le souci de la miséricorde va ainsi profondément influencer l’Eglise postconcilliaire, tant sa manière de vivre que celle d’assumer sa mission au cœur du monde.

          Jean Paul II ensuite, fera de la miséricorde, le fil conducteur de son pontificat. Dès 1980, sa seconde encyclique porte sur ce sujet « Dives in miséricordia », en approfondissant le rapport entre “miséricorde” et “justice”. En 2000, la 1° canonisation du 3° millénaire sera celle de sœur Faustine Kowalska, une mystique polonaise qui a fortement interpellé la théologie classique à partir de ce thème. Pour elle, la “miséricorde” n’est pas une qualité parmi d’autres de Dieu, elle est l’attribut suprême de Dieu, la perfection divine par excellence, et tout doit être considéré à partir de là.

          Benoit XVI enfin, qui d’abord présente le thème de la “miséricorde” comme l’héritage essentiel de son prédécesseur. Un héritage qu’il s’approprie dans sa 1° encyclique « Deus caritas est ». Cette encyclique sociale approfondit la théologie de la “miséricorde”, et se détache de celles qui l’ont précédée par un nouveau point de départ pour la pensée sociale de l’Eglise : non plus la justice, mais l’amour et la miséricorde.

          En ouvrant un “jubilé de la miséricorde”, le Pape François s’inscrit donc dans une fidélité et une continuité avec ses prédécesseurs. Plus encore, il redynamise un élan de fond déjà ancien et qui concerne toute l’Eglise. Ce faisant, il incite les fidèles à s’immerger dans l’histoire de la relation entre Dieu et l’humanité, pour en devenir partie prenante.

          sans-titre Dans cette perspective, et parmi ce qui nous sera proposé au cours des mois à venir, nous ouvrons comme un parcours catéchétique dans la l’Ecriture et la Tradition de l’Eglise. Il s’agit d’un cycle de conférences en 3 phases pour approfondir et vivre avec l’Eglise ce mystère de la miséricorde divine. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Un parcours de formation catéchétique n’est pas but en lui-même ; il ne s’agit pas de vouloir être simplement plus savant. Une formation religieuse est au service de la vie spirituelle des croyants, de leur conversion, de leur relation à Dieu. Se former au sujet de la miséricorde, à pour intérêt de nous sensibiliser intérieurement et pastoralement à accueillir cette grâce de Dieu, à découvrir son visage à frais nouveau, sous un autre angle.

          Pour cela, nous commencerons par un parcours biblique au cours de l’Avent 2015, pour découvrir ce que l’Ecriture Sainte nous révèle de ce thème. Le Carême 2016 sera l’occasion de voir comment la miséricorde a été vécue et prêchée dans l’histoire de l’Eglise, au travers des figures de St Benoit, Catherine de Sienne, Thérèse de Lisieux, Faustine, et, plus proche de nous, le message de Pellevoisin. Enfin, à l’Avent 2016, nous évoquerons ensemble l’accueil de cette miséricorde divine dans la liturgie de l’Eglise, notamment dans le sacrement de la réconciliation.

           Mais au début de ce jubilé, commençons par entrer dans la Bible ! Et comme c’est après avoir lu un ouvrage théologique du cardinal Kasper, que le Pape François à décidé ce Jubilé de la miséricorde. Il nous a donc semblé bon de suivre cette même démarche, de sorte que les propos qui suivent sont largement inspirés par ce même livre :

Cardinal Walter Kasper, « la miséricorde – notion fondamentale de l’Evangile et clef de la vie chrétienne »,
Edition des Béatitudes, coll. “Théologia”, Clermont, 2015.

          Avec lui et bien d’autres, commençons par aller aux sources bibliques de la Foi, pour redécouvrir la miséricorde divine, telle qu’elle nous est révélée.

I – étymologie biblique

bible-doveI, 1 : étymologie et traduction de miséricorde :

          Le mot français “miséricorde” n’apparaît dans notre langue qu’au XII/XIII° siècle. Il est la francisation du mot latin “miséricordia’’, lui-même formé des mots ; “miséria” : la misère ; et de “cor –cordis” : le cœur. Etymologiquement, il évoque la proximité de cœur avec la misère, et signifie la compassion et la pitié pour la pauvreté. En français, il signifie la pitié qui incite au pardon envers un coupable. Dans la bible latine (la Vulgate), le mot “miséricordia” apparaît 350 fois, tandis que “misericors” est utilisé 40 fois.

          Le latin traduit le grec “eleos” ou “eléèmosuné”, ainsi que leurs dérivés, qui signifient “avoir pitié” ou “ prendre en pitié” (Cf. Kyrie eleison). L’adjectif correspondant, signifiant “digne de pitié”, se traduit en français par “misérable” ou “miséreux”. Ce mot est utilisé tel quel dans les textes écrit en grec, mais il traduit aussi l’hébreu “RaHaMiM” ou “RaHaM”, qui signifie “avoir pitié” ou “être miséricordieux”. Or, le même mot (“ReHeM”) désigne aussi les viscères, les entrailles et plus précisément encore, le sein maternel. De plus, le grec et le latin servent également à traduire l’hébreu “HèN” : “grâce”, “faveur” ; ou encore “HaNaH” : “se pencher vers”.

I, 2 : signification du mot cœur :

          Pour aller plus loin dans la compréhension du mot “miséricorde”, il est nécessaire de redire le sens biblique du mot “cœur”. De fait, les résonnances qu’évoque ce mot ne sont pas identiques dans le français du XXI° siècle et dans l’Hébreu biblique. Naturellement, le sens biologique est le même : il s’agit du muscle qui sert à pomper le sang dans le corps humain. Mais les autres usages diffèrent.

            En français, le mot cœur évoque la vie affective, c’est-à-dire les sentiments et les émotions (“Je t’aime de tout mon cœur” ; “ça me fait mal au cœur”). Mais en hébreu, le cœur désigne le centre profond de l’être humain, c’est-à-dire non seulement les sentiments, mais aussi les souvenirs et les idées (Si 17, 6 : « Aux humains il a donné du jugement, une langue, des yeux, des oreilles, et un cœur pour réfléchir.. »). L’expression “les pensées du cœur de Dieu” évoque son projet de Salut (Ps 33, 11 : « Le plan du Seigneur demeure pour toujours, les projets de son cœur subsistent d’âge en âge »). L’expression “largeur du cœur” désigne l’étendue du savoir (1R, 5, 9 : « Dieu donna à Salomon une sagesse et une intelligence très grandes, et un cœur aussi vaste que le sable au bord de la mer »). “Donne-moi ton cœur” signifie “prêter attention” (Pr 23, 26 : « Donne-moi ton cœur, mon fils ; que tes yeux suivent mes pas ! »).

          Bref, dans la symbolique biblique, le cœur désigne la source même de la personnalité consciente et libre d’une personne, le lieu de ces choix les plus décisifs et donc de sa volonté. Mais il est également la cible de l’action de Dieu, le lieu de la rencontre entre l’Homme et Dieu.

I,3 : conclusion :

           JFK077Ce petit détour par l’histoire du vocabulaire et des traductions nous conduit à suspecter un élargissement du sens de ce mot, au fur et à mesure que l’on remonte dans la Bible, ce qui justifie qu’on aille se plonger dans les textes. De fait, bien plus qu’un sentiment ponctuel de pitié envers un coupable, La miséricorde serait un élan maternel qui conduit à la compassion, à accorder sa faveur au pauvre, au faible, au vulnérable et au coupable. Elle ne serait donc pas seulement un sentiment ou une émotion passagère, mais bien un type de relation et d’engagement, dans la durée. La miséricorde évoque comme une maternité de Dieu (lire Ezechiel, 16, 1-11), et il n’est probablement pas anodin que dans l’histoire de l’Eglise, se soit la mystique féminine qui a permis d’insister sur ce thème. Les trois grandes mystiques de la miséricorde sont en effet Ste Catherine de Sienne, Ste Thérèse de Lisieux et Ste Faustine.

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