Déc 192015
 

  II – Dans l’Ancien Testament :

               Une  47dfb796lecture rapide de l’Ancien Testament peut donner l’impression d’évoquer un Dieu vengeur et coléreux,(Lire Deutéronome 7, 21-24 : 21) et bien des lecteurs se sentent rebutés par des textes trop violents. Mais cette impression n’est que générale, et finalement superficielle ! Elle ne rend pas compte de la pédagogie divine et de la révélation progressive de Dieu dans l’histoire du Salut. De fait, c’est-au-fur et à mesure qu’il éduque et marche avec son peuple que Dieu se dévoile et se fait connaître. Dès les premières théophanies,  (manifestations de Dieu), l’idée de miséricorde (à défaut du mot) se dévoile aux croyants. Pour prendre la mesure de cette réalité, nous choisissons de privilégier quelques textes, notamment ceux qui concernent les débuts de la Révélation. Or, ce qui est premier dans la révélation, c’est l’expérience fondatrice de la Foi d’Israël qui est celle de la libération d’Egypte et du passage de la mer rouge. C’est là que se joue la révélation fondamentale de Dieu à son peuple, révélation qui d’emblée est celle d’un Dieu qui fait miséricorde, comme le révèle ce que l’on pourrait désigner comme la triple révélation de son nom !

 

 II, 1 : miséricorde et libération :

             La 1° révélation du nom est celle qui se déroule dans l’épisode du buisson ardent, relatant la conversion deMoise_buisson_fetti Moïse (lire texte Exode 3, 1-15). Dieu s’y manifeste comme celui qui voit la misère de son peuple, qui entend ses cris, qui ressent la détresse humaine, laquelle motive son projet de rejoindre l’humanité en souffrance et d’agir en sa faveur. Le Dieu du buisson ardent n’est ni absent, ni muet, ni lointain ! Il est préoccupé par le malheur des hommes, il prend la parole à ce sujet, il intervient dans le concret de l’histoire. Ce Dieu se penche sur la misère de l’Homme, il se fait proche. Mais paradoxalement, la révélation de cette venue de Dieu s’accompagne d’une série de consignes qui tiennent Moïse à distance : il doit se voiler le visage, de déchausser et ne pas s’approcher. Surtout, le nom de Dieu demeure un mystère qui le voile autant qu’il le dévoile : « Je suis là » !

           La proximité de Dieu (que motive son souci de la souffrance humaine) n’est donc pas une familiarité. Au final, révélation de la miséricorde de Dieu est associée à celle de sa Sainteté, au sens hébreu du terme, c’est-à-dire sa radicale différence d’avec l’être humain. Il est l’au-delà de tout, absolument transcendant, et néanmoins plein d’une sollicitude personnelle envers son peuple.

          Mais si l’idée de miséricorde est là, le mot n’y est pas encore, et il faut attendre l’épisode des tables de la loi pour le voir apparaître.

II, 2 – miséricorde et réconciliation :

           La seconde révélation du nom à lieu à l’Horeb, alors que Dieu scelle l’Alliance avec son peuple par le don des tables de la loi. (Ex 20, 1-21 ; Dt 5, 6-22) Mais l’Alliance est aussitôt rompue par le peuple qui se fabrique un veau d’or. A peine conclue, l’Alliance est détruite par l’infidélité des hommes et Moïse brise les tables de la loi. De là s’entame une longue négociation entre Moïse et Dieu (lire texte Exode 33, 1-20), laquelle se termine par la révélation d’un nom divin (Ex 33, 19) qui contient en hébreu le mot traduit par “miséricorde” : « Je fais grâce à qui je fais grâce et j’ai pitié de qui j’ai pitié ! » Dieu renouvelle ici son Alliance et sa promesse, de nouvelles tables de la loi sont gravées, ainsi, il redonne une chance à son peuple.

          Cette deuxième révélation du nom relie non seulement miséricorde et sainteté, mais encore miséricorde et liberté de Dieu, sa souveraineté inaliénable. De fait, l’attitude de Dieu n’entre dans aucun schéma humain ; elle ne correspond pas à l’idée d’une justice compensatoire impliquant une quelconque réparation de la faute. Elle ne correspond qu’à Dieu, dans sa liberté souveraine, et relève de la gratuité absolue, de la pure grâce, sans que rien d’autre ne la motive. (Il faudrait relire Ex 20 à 34) !

II, 3 – miséricorde et présence indéfectible :

           CMer_20rouge0’est juste après la consigne donnée à Moïse de graver à nouveau des tables de la loi que Dieu révèle son nom pour la troisième fois, reliant ce dernier à sa propre fidélité (lire texte Ex 34, 1-8). Son Alliance est à nouveau proclamée indissoluble, parce qu’indissociable de la promesse de Dieu, de son projet de Salut que les trahisons de son peuple ne remettent pas en cause. (Ex 34, 6 : « Il passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération. »)

          Ainsi, la troisième révélation du nom relie miséricorde et fidélité, dévoilant un Dieu qui ne se lasse pas d’accompagner son peuple, qui ne renonce sous aucun prétexte à nouer une relation avec l’homme. Et ceci intervient alors même que le peuple vient de faire l’expérience de son incapacité à être fidèle et à garder l’Alliance.

II, conclusion :

           Ce rapide parcours dans le livre de l’Exode nous permet de comprendre que la miséricorde divine fait d’emblée partie de la Révélation fondatrice et fondamentale de Dieu à son peuple. Elle se manifeste et se déploie avec sa sainteté, sa liberté et sa fidélité. Elle est un engagement de Dieu dans l’histoire, pour libérer son peuple de toute souffrance, re-proposer inlassablement l’Alliance à ceux qui l’ont trahie, dans une présence et un compagnonnage indéfectible avec l’humanité. La miséricorde se déploie face à la souffrance de l’Homme, face à son péché, et face à sa solitude, de la part d’un Dieu qui délivre, qui pardonne, et qui maintient indéfectiblement sa présence.

          Plus encore, cette révélation de la miséricorde divine se vit dans le contexte général d’un Dieu qui marche avec les hommes, transformant progressivement une horde d’esclaves en fuite en un peuple de croyant capable de vivre en sa présence. Elle est donc liée à la paternité et à la maternité de Dieu qui éduque ceux qu’il appelle à devenir ses enfants, après les avoir fait naitre à la vie.

           Cette première révélation reste pourtant incomplète et bien mystérieuse, dans la mesure où son rapport avec la justice n’est pas encore explicité. De fait, si la miséricorde est liée à la liberté souveraine de Dieu, à la gratuité absolue de ses choix, comment ne pas y voir l’expression d’un « caprice de Dieu » ?

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