Mar 292014
 

2° Mystère douloureux : La Flagellation

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La Flagellation est une punition prévue par le droit pénal Romain pour être infligée aux condamnés à mort. Elle fait partie du châtiment prévu, de la sentence d’un tribunal. Comprendre la flagellation implique donc de la resituer dans son contexte juridique et de comprendre les enjeux du procès de Jésus.  Celui-ci se joue en trois actes : l’interrogatoire de Jésus par le Sanhédrin et le procès devant Pilate, au cours duquel se situe une comparution devant Hérode. Ces trois actes se dénouant dans le choix à effectuer entre Jésus et Barabbas.

Luc, 22, 66 – 23, 25.

« Lorsqu’il fit jour, les anciens du peuple, chefs des prêtres et scribes, se réunirent, et ils l’emmenèrent devant leur grand conseil. Ils lui dirent : « Si tu es le Messie, dis-le nous. » Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j’interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite du Dieu Puissant. » Tous lui dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : « C’est vous qui dites que je le suis. » Ils dirent alors : « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes nous l’avons entendu de sa bouche. » Ils se levèrent tous ensemble et l’emmenèrent chez Pilate. Ils se mirent alors à l’accuser : « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et se dit le Roi Messie. » Pilate l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi qui le dis. » Pilate s’adressa aux chefs des prêtres et à la foule : « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. » Mais ils insistaient : « Il soulève le peuple en enseignant dans tout le pays des Juifs, à partir de la Galilée jusqu’ici. » À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là. 

À la vue de Jésus, Hérode éprouva une grande joie : depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle. Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien. Les chefs des prêtres et les scribes étaient là, et l’accusaient avec violence. Hérode, ainsi que ses gardes, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant ils étaient ennemis.

Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple. Il leur dit : « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le faire châtier et le relâcher. » Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. » Ce dernier avait été emprisonné pour un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville. Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole. Mais ils criaient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. » Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient. Alors Pilate décida de satisfaire leur demande. Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu’ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir. »

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  • Barrabas et Jésus :

L’analyse du vocabulaire des évangiles, conjuguée avec ce que l’on sait du contexte historique de la Passion, nous livre un enseignement important : Barabbas n’était pas un condamné de droit commun. De fait, Barabbas est une sorte de leader politique, arrêté pour des émeutes contre le pouvoir Romain, lesquelles avaient dû être violentes puisque l’on signale qu’il était aussi responsable de la mort d’un homme au cours de ces manifestations. Le mot traduit par « brigand » dans les bibles françaises serait mieux respecté dans sa signification par l’expression « combattant de la résistance ». Barabbas représente une force d’opposition politique agressive vis-à-vis de l’occupant Romain. C’est un militant de l’indépendance d’Israël. Qui plus est, son nom est porteur d’une signification religieuse : Bar – Abbas se traduit en effet par « fils du Père ».

Or, le contexte historique de l’époque est celui d’une espérance messianique qui cherche à se réaliser sur terre : les Israélites attendent soit un chef militaire, soit un leader politique, soit un responsable religieux, c’est-à-dire quelqu’un qui leur permettra de retrouver leur indépendance et leur souveraineté, alors qu’ils sont en situation d’occupation. Et pour Israël à cette époque, la dimension religieuse est inséparable de la dimension politique : Israël, c’est une Foi, un culte, mais aussi un peuple, une terre, une loi, une monarchie. Chacune des deux dimensions intègre la signification de l’autre : le territoire de la nation est la Terre Promise par Dieu à son peuple ; le Roi est l’envoyé de Dieu ! Le Messie espéré viendra pour restaurer une situation politique, comprise comme faisant partie du projet divin.

Dans ce contexte, Barabbas est donc une figure messianique, de sorte que le choix à faire entre lui et Jésus revient à choisir entre deux compréhensions du rôle du messie. Ainsi, la clef d’interprétation de l’histoire de la Passion est sans doute la compréhension de la Royauté de Jésus. Dans les différentes phases de son procès, c’est d’ailleurs le thème de la Royauté du Christ qui revient, et au final c’est pour cette Royauté qu’il sera condamné.

  • L’interrogatoire devant le Sanhédrin :

Il s’agit d’un interrogatoire approfondi qui se conclut par la décision de livrer Jésus au gouverneur romain. Autrement dit, dans le contexte de la Pâque, alors que la ville est envahie de pèlerins, les espérances messianiques peuvent se transformer en un mélange explosif à caractère politique. Les autorités religieuses se doivent donc de maîtriser la situation.

Or Jésus se prétend être le Messie, ce qui équivaut de fait à la revendication d’une royauté sur Israël. Mais dans sa discussion avec le Sanhédrin, si Jésus accepte le titre de « messie », il s’efforce d’en proposer une autre compréhension, et ce, en utilisant les paroles de l’Ecriture puisque ses réponses sont un tissu de citations et de références à l’Ancien Testament.

Ce faisant, Jésus atteste d’une compréhension de son rôle de Messie qui n’est pas politique, mais qui le relie à Dieu d’une façon unique et inacceptable pour les membres du Sanhédrin. D’une part, les expressions qu’il emploie décrivent une participation à la nature même de Dieu, ce qui constitue un blasphème et donc un motif de condamnation. D’autre part, cette attestation d’une proximité spéciale avec Dieu vient relativiser (si ce n’est contester) le pouvoir  des grands prêtres et déranger leurs intérêts. En cohérence avec toute sa prédication, Jésus dissocie le politique du religieux, ce qui remet en cause le pouvoir et l’autorité de l’aristocratie du temple et des responsables religieux.

La décision de livrer Jésus pour le faire condamner à mort est donc prise à cause du « blasphème ». Il y a en cela et de la part du Sanhédrin un refus d’écouter la parole de Dieu puisque les arguments du Christ, qui se présente « selon les Ecritures » et comme celui qu’elles annonçaient, son rejetés. Mais cette décision est tout autant la conséquence de la volonté des membres du Sanhédrin de préserver leur pouvoir terrestre, de protéger leur statut et leur influence.

  • Le procès devant Pilate :

Jésus est jugé coupable de blasphème, ce qui est religieusement passible de la peine de mort. Mais puisqu’à ce moment, seuls les Romains peuvent infliger cette peine, il faut que Jésus soit accusé d’un crime politique. Or, la revendication d’une royauté messianique est un crime politique aux yeux des Romains puisqu’elle constitue une rébellion contre leur pouvoir.

Or, au cours du procès, Pilate comprend que Jésus revendique une royauté non agressive contre lui. Il n’est pas un leader révolutionnaire puisqu’il évoque un royaume pour lequel personne ne combat et donc un règne non violent. Aux yeux du gouverneur, Jésus est, au plus, un religieux exalté, qui ne cause aucun trouble à l’ordre public, d’autant que l’un des fondements de la Pax Romana réside dans la liberté religieuse laissée aux peuples dont on a conquis les territoires. Pour Pilate, Jésus aurait dû être acquitté, et plusieurs fois, il atteste son innocence. .

Mais Pilate est effrayé, dit l’évangile de Jean (19,8). Informé de la prétention de Jésus à être « fils de Dieu », il manifeste une peur superstitieuse : celle de se mettre à dos une divinité quelconque. Or, face à cette peur spirituelle du procurateur de Judée, les accusateurs de Jésus vont en opposer une autre, bien plus concrète, celle de tomber dans la défaveur de l’Empereur (Jn 19, 12). La peur d’une éventuelle disgrâce, et donc de perdre sa position et son pouvoir, bref, le souci de sa carrière va prendre le pas sur la crainte des puissances divines. Au final, Pilate préfère prendre le risque de faire condamner un innocent plutôt que celui de voir remise en cause sa place. Ce n’est donc pas pour une raison politique que Pilate livre Jésus, mais par calcul, il suscite une situation dans laquelle il satisfait les revendications des grands prêtres sans en prendre directement la responsabilité, et ce faisant il protège son statut et sa place.

  • La sentence :

Ni Hérode, ni Pilate, ni le Sanhédrin ne parviennent à établir une faute ou un crime politique de la part de Jésus. Il est objectivement jugé innocent et sans dangers pour les pouvoirs en place.  L’unique accusation juridiquement établie est celle de blasphème, donc religieuse. Pourtant, le motif de sa condamnation sera officiellement politique : « le roi des juifs » !  Comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce que cela signifie ?

  • L’enjeu du procès est donc bien religieux ! 

Il s’agit pour la Foule de choisir entre le Messie d’un Dieu qui se propose par la force de la vérité dans l’amour, ou le Messie qui s’impose dans le concret de l’existence par la force et la violence. Finalement, la question se pose en terme de « pouvoir à exercer ».

D’un coté, les grands prêtres qui s’efforcent de conserver leur pouvoir religieux ; Pilate qui s’efforce de préserver le sien d’un éventuel désaveu de l’empereur ; Hérode qui s’efforce aussi de préserver le sien en ménageant l’autorité romaine ; la foule qui, à travers Barrabas, choisit la possibilité de retrouver un pouvoir sur la réalité historique.

De l’autre Jésus qui dissocie le religieux du temporel et renonce à exercer une influence autrement que par la Parole de vérité et l’amour concrètement manifesté.

Dans le compte rendu du procès que nous font les évangiles, Jésus nous révèle le visage d’un Dieu qui se laisse dépouiller de tout pouvoir terrestre jusqu’à se laisser anéantir. La flagellation comme condamnation pénale exprime le refus d’un Dieu qui n’est pas conforme aux représentations que nous en avons : Tout-puissant, triomphant, dominateur. Le Christ nous révèle un Dieu qui intervient, non pas avec la puissance de celui qui s’impose ou qui écrase, mais de celui qui se fait vulnérable et fragile.

  • La flagellation et le Règne

Le règne de Jésus est donc non violent, non agressif, et sans prétention terrestre. Son Royaume n’est pas de ce monde. Ce règne s’exerce par la Vérité, comme cela est dit à Pilate. Et la vérité dont il s’agit, c’est le projet de Dieu qui dévoile ce qu’est la vocation de l’Homme. Celle d’être un Fils appelé à cheminer vers son Père pour être comblé par lui. Un règne qui relativise nos espoirs humains pour nous orienter vers l’Espérance offerte par Dieu. Le Christ nous indique que le Royaume véritable n’est pas celui que nous pourrions construire par nos propres mains, que l’Homme n’a pas le pouvoir de satisfaire par lui-même à l’amour en vue duquel il est créé. L’Homme est créé par Dieu pour être comblé d’une tendresse illimitée, infinie, au regard de laquelle tout pouvoir humain est limité et donc relatif.

Le Christ flagellé, c’est-à-dire réduit à l’impuissance face au pouvoir des hommes nous redit que l’essentiel n’est pas dans ce que l’on maîtrise, que l’on acquiert et que l’on construit par nos propres forces, mais dans ce qui ce reçoit, en toute gratuité, car il s’agit de l’amour de Dieu. La flagellation, comme inauguration de la croix nous révèle un Christ vulnérable, renonçant à tout pouvoir sur lui-même, à tout pouvoir qui s’imposerait aux autres, un Messie réduit à une attitude d’accueil, tributaire du don de Dieu.

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