Oct 072016
 

             Après les deux conférences qui nous ont permis de découvrir l’Islam, il est peut être bon d’offrir quelques points de repères précis à ceux qui s’interrogent sur les relations entre chrétiens et musulmans.

           1717814126-2Tout d’abord, il faut bien s’avouer qu’avec la situation internationale, telle qu’elle nous est rapportée par les médias de masse, avec les persécutions de nos frères d’Orient et le traumatisme des attentats récents qui ont ensanglanté notre pays, le désir de dialogue n’est plus d’emblée une évidence pour beaucoup. Nous sommes affectés par la réalité, elle nous inquiète, nous mets en colère et nous porte à la méfiance envers l’autre ! La première condition du dialogue est sans doute la prière. Le Christ lui aussi à connu l’adversité, la haine, la violence, et la persécution. Il est mort sur la croix ! Demandons la grâce que nous soit révélée l’attitude la plus évangélique possible, avec le désir et la force de l’assumer !

          Plus que jamais, le dialogue interreligieux est toujours d’actualité, dans le respect de chacun, sans chercher à évangéliser. C’est une nécessité de la paix dans le monde, mais sans compromission avec nos propres valeurs.

           A propos du dialogue, et d’après nos conférenciers dont le moins qu’on puisse dire, est qu’ils sont expérimentés en la matière, 3 écueils sont a éviter :

  • Le syncrétisme : ne rechercher que ce qui est commun. « Nous avons le même Dieu ». Prier ensemble. Il n’est pas respectueux des différences, donc de l’identité des deux interlocuteurs. Il conduit souvent au relativisme, lequel favorise les crises identitaires qui sont sources de violences.
  • Le comparatisme : « C’est comme chez nous »… source de malentendu. Le sens des mots varie d’une culture à l’autre et d’une religion à l’autre. « Un prophète » chez un chrétien n’est pas la même chose qu’un « prophète » pour un musulman. Les chrétiens n’ont pas une religion du livre, mais de la Parole.
  • Le pugila : Vouloir attester de ses convictions en les opposant à celles de l’autre n’aboutit qu’à la polémique stérile. La conversion n’est pas notre oeuvre, mais celle de Dieu qui converti !

368D’une manière générale, le dialogue avec une personne d’une autre religion passe par le témoignage, c’est-à-dire la capacité à raconter et décrire son expérience spirituelle, à la première personne du singulier. Pour ceux qui cherchent un échangent fructueux avec les musulmans, les documents du Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter-religieux promeuvent 4 niveaux de dialogue :

  • Le dialogue de la vie, où les gens s’efforcent de vivre dans un esprit d’ouverture et de bon voisinage, partageant leurs joies et leurs peines, leurs problèmes et leurs préoccupations humaines ; La première relation est celle d’une amitié humaine.
  • Le dialogue des œuvres, où il y a collaboration en vue du développement intégral et de la libération totale de l’homme ; Il se vit ainsi dans bon nombre d’associations caritatives, comme le Secours Catholique par exemple.
  • Le dialogue des échanges théologiques, où des spécialistes cherchent à approfondir la compréhension de leurs héritages religieux respectifs et à apprécier les valeurs spirituelles les uns des autres.
  • Le dialogue de l’expérience religieuse, où des personnes enracinées dans leurs propres traditions religieuses partagent leurs richesses spirituelles, par exemple par rapport à la prière et à la contemplation, à la foi et aux voies de la recherche de Dieu ou de l’Absolu.

           A ce sujet, en 1991, le Conseil Pontifical pour le dialogue inter-religieux publiait un document intitulé « dialogue et annonce », qui stipulait ceci :

ansa726378_articolo« Il ne faut pas perdre de vue cette variété des formes de dialogue. Si on réduisait celui-ci à l’échange théologique, le dialogue pourrait être facilement considéré comme un produit de luxe dans la mission de l’Eglise, et donc un domaine réservé à des spécialistes. Au contraire, guidées par le Pape et leurs évêques, toutes les Eglises locales et tous les membres de ces Eglises sont appelés au dialogue, mais non point tous de la même manière. Il est en outre évident que les différentes formes sont liées les unes aux autres. Les contacts de la vie quotidienne et l’engagement commun dans l’action ouvriront normalement la voie pour promouvoir ensemble les valeurs humaines et spirituelles. Ils peuvent ensuite conduire aussi au dialogue de l’expérience religieuse, en réponse aux graves questions que les circonstances de la vie ne manquent pas de susciter dans l’esprit humain (cf. Nostra ætate, 2). Les échanges au niveau de l’expérience religieuse peuvent également rendre plus vivantes et profondes les discussions théologiques. Celles-ci en retour peuvent éclairer les expériences et encourager des contacts plus étroits. »

Les formes du dialogue sont donc liées les unes aux autres, elles concernent la promotion humaine et la culture. Mais à la suite de ces deux conférences, peut-être qu’il nous faut garder à l’esprit une question qui devient un véritable défi pastoral et social. Les deux conférenciers ont mis en valeurs combien les manques de culture et de connaissances favorisaient les incompréhensions, les crises identitaires, et faisaient le lit de tous les radicalismes. Il est difficile d’être véritablement apte au dialogue et à l’accueil de l’autre si l’on n’a pas intégré sa propre identité culturelle et religieuse, si l’on est pas apte à rendre compte en sachant de quoi l’on parle. Il est difficile d’être disposé à écouter l’autre, si la fragilité de nos convictions nous mènent à la peur des propos d’un interlocuteur qui risqueraient de nous fragiliser dans notre identité. Or, nous mesurons combien le défaut de culture religieuse, chrétienne notamment, est aujourd’hui criant dans notre société française, de sorte qu’il est difficile à beaucoup de nos contemporains de prendre du recul sur ce qui est dit et raconté. Il existe beaucoup de confusion, de contre-vérité et d’erreur qui circulent à propos des religions. Il est symptomatique d’entendre beaucoup de monde se revendiquer « croyant … non pratiquant », mais d’être incapable de dire ce qui les distingue d’un bouddhiste, d’un hindouiste ou d’un musulman. Disciple de Jésus-Christ, nous croyons en Jésus-Christ et à la manière de Jésus-Christ, nous ne sommes pas simplement croyant, mais chrétien !

           Le défi est là : redécouvrir et approfondir sans cesse plus nos convictions, notre Foi, notre culture, pour être plus à même d’accueillir l’autre.

Père Patrick

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