Oct 072016
 

         Jeudi 6 octobre, nos paroisses ont accueillis le Père Sébastien Neuville, responsable du dialogue avec les musulmans dans le diocèse de Blois. Apres le frère Jean François Bour qui nous fit découvrir les origines historiques et théologiques de l’Islam, cette seconde des trois conférences avait pour but de nous informer à propos du dialogue islamo-chrétien.

             dscn4216 A cet effet, le Père Sébastien Neuville a commencé par un parcours historique montrant que les relations entre croyants de ces deux religions sont anciennes. Saint Jean Damascène (676-749) écrit un chapitre de controverse à propos de la foi musulmane. A la charnière entre le VIII° et IX° siècle, un évêque Melkite, disciple de Saint Jean Damascène, Théodore Abu Qurra (740-825), rédige un dialogue fondé sur la raison à la demande d’un interlocuteur musulman. D’autres dialogues entre chrétiens et musulmans nous sont conservés,  parmi lesquels il faut citer celui d’Abraham de Thibériade avec Abd al Rahman al Hashimi à Jérusalem vers 820, la correspondance (fictive) entre Al Ashimi et Al Kindi (vers 820), ou bien plus tard celui de l’empereur Manuel II Paléologue avec un érudit musulman resté anonyme en 1390 ou 1391. Plus tard, Pierre le Vénérable, abbé de Cluny (1094-1156) compose lui-même des ouvrages sur l’islam : un résumé de la foi musulmane, et un livre de réfutation de l’islam. Dans ce dernier, il invite à « un authentique dialogue théologique, avec une condamnation du fidéisme aveugle ou du refus de faire usage de la raison ». Dans le réseau des abbayes clunisiennes qui couvre toute l’Europe, du Portugal à la Lituanie, certains moines connaissent l’arabe. Aussi, vers 1150, Pierre donne à certains la mission de traduire en latin des livres musulmans, dont le Coran, traduit pour la première fois. Un siècle après, St François d’Assise (1182-1226) cherchera lui aussi à convertir les musulmans. Il réussi à aller à Damiette durant la 3e croisade, et à passer du côté musulman. Il prêche devant le sultan al Malik al Kamil durant quelques jours. Voyant qu’il ne peut obtenir de succès, il repasse du côté chrétien. Mais St François continuera à envoyer des missionnaires en pays musulmans, et les premiers reçurent le martyr en 1220 au Maroc. St François préconisait de vivre en chrétien dans ces pays, et éventuellement, après discernement, de prêcher l’Évangile sans dénigrement de l’islam. Cette méthode ne fut pas suivie, et les missionnaires furent téméraires. Les missions furent un échec. Si les franciscains restèrent en terre d’islam, ce fut pour le service des chrétiens, et la custodie des lieux saints. L’Eglise est donc riche d’une expérience de dialogue datant de la période médiévale, et dont il reste des écrits.

           Plus recemment, le magistère de l’Eglise s’est prononcé en faveur du dialogue islamo-chrétien :

Dès 1964, le Pape Paul VI a publié une encyclique, Ecclesiam suam, qui mentionne à plusieurs reprises le dialogue : en 67, « L’Eglise doit entrer dans le dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Eglise se fait Parole, l’Eglise se fait message, l’Eglise se fait conversation », puis en 111, « Aux adorateurs de Dieu selon la conception de la religion monothéiste – musulmans en particuliers – qui méritent admiration pour ce qu’il y a de vrai et de bon dans leur culte de Dieu ».

Le Concile Vatican II rappelle dans « Gaudium et Spes », 38-1 : « A ceux qui croient à la divine charité, il apporte
ainsi la certitude que la voie de l’amour est ouverte à tous les hommes et que l’effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n’est pas vaine ». Le dialogue interreligieux est demandé dans la Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes « Nostra Aetate » du Concile Vatican II, qui affirme que « Tous les peuples forment, en effet, une seule communauté ; ils ont une seule origine , puisque Dieu a fait habiter tout le genre humain sur toute la face de la terre ». Puis,  « L’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes ». Le paragraphe 3 s’adresse plus spécifiquement à la religion musulmane : « L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus; ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne »,

Après le concile, Le Pape Jean-Paul II a fait de nombreux voyages dans des pays musulmans, il a même eu unedscn4217 longue discussion avec celui qui avait voulu le tuer, il a initié les rencontres de prière à Assise. C’est dans « Entrez dans l’Espérance » qu’il parle des musulmans : « En raison de leur monothéisme, ceux qui croient en Allah nous sont particulièrement proches ». « Le Dieu du coran est appelé des plus beaux noms connus dans le langage humain. Mais, en fin de compte, c’est un Dieu qui reste étranger au monde »…. « Jésus est mentionné, mais seulement comme prophète qui prépare la venue du dernier de tous les prophètes, Mahomet. Marie aussi, la Vierge-Mère, est nommée. Mais le drame de la rédemption est complètement absent. C’est pourquoi non seulement la théologie mais encore l’anthropologie de l’islam sont très éloignés de celles du christianisme. Cependant, la religiosité des musulmans est digne de respect. On ne peut pas ne pas admirer, par exemple, leur fidélité à la prière.». Il dit aussi que sa rencontre avec les jeunes marocains dans le grand stade de Casablanca en 1985 a été un moment inoubliable et sans précédent. Dans ce discours, il rappelle « qu’Abraham est pour les chrétiens et les musulmans un même modèle de foi en Dieu, de soumission à sa volonté et de confiance en sa bonté ». Il rappelle aussi que Vatican II a publié un document sur le dialogue entre les religions, il précise que « Le dialogue entre chrétiens et musulmans est aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Il découle de notre fidélité envers dieu et suppose que nous sachions reconnaître Dieu par la foi et témoigner de lui par la parole et par l’action dans un monde toujours plus sécularisé et même parfois athée ». « Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains de ces hommes créés à l’image de Dieu », « Le respect et le dialogue requièrent donc la réciprocité dans tous les domaines, surtout en ce qui concerne les libertés fondamentales ». Il insiste pour que, chrétiens et musulmans connaissent les valeurs qu’ils ont en commun et en rendent grâce à Dieu, qu’il faut oublier nos mésententes passées. Les jeunes sont les plus à même de dialogue, d’acceptation des différences pour construire un monde où Dieu ait la première place pour aider et sauver l’homme. Il ne nie pas que dans certains pays, la liberté religieuse est interprétée de façon unilatérale et la « vraie religion » pour les islamistes est imposée.

Son successeur, Le Pape Benoît XVI  dans son discours de Ratisbonne, cite le professeur Khoury de Münster qui avait fait paraître un dialogue sur le christianisme et l’islam datant du XIV° siècle. Dans ce texte, il est dit que pour convaincre les hommes, la force n’est pas utile. Le Pape ne fait que citer un auteur mais à la fin de son discours, il dit : « C’est ainsi que nous devenons capables d’un véritable dialogue des cultures et des religions, dont nous avons un besoin si urgent ».  Dans un discours à la curie le 21 décembre 2012, le Pape Benoît, insiste sur la nécessité du dialogue entre les religions, ce dialogue étant une condition nécessaire pour la paix dans le monde. Il précise deux règles considérées comme fondamentales :

  • le dialogue ne vise pas à la conversion mais bien à la compréhension. Ce n’est pas de l’évangélisation.
  • Les deux parties restent consciemment dans leur identité, qu’elles ne mettent pas en question.

La recherche de la connaissance et de la compréhension sont des rapprochements vers la vérité. Les chrétiens n’ont rien à craindre : «Ce n’est pas nous qui possédons la vérité, mais c’est elle qui nous possède » et il termine par : « Unis au Christ, nous sommes dans la lumière de la vérité ».

dscn4218De nos jours, Le Pape François, même s’il a une certaine retenue sur ce sujet, en parle régulièrement. Dans l’Exhortation apostolique Evangelii Gaudium de 2013, il y consacre plusieurs paragraphes dont deux à l’islam, les 252 et 253. Il affirme l’importance du dialogue avec les musulmans qui sont particulièrement présents dans certains pays de tradition chrétienne, «où ils peuvent célébrer librement leur culte et vivre intégrés dans la société », «il ne faut pas oublier qu’ils professent la foi d’Abraham», «les écrits sacrés de l’islam gardent une partie des enseignements chrétiens». Le Pape demande à ceux qui soutiennent le dialogue avec les musulmans une formation adéquate et une foi solide et bien enracinée. Il nous demande aussi d’accueillir avec affection et respect les immigrés de l’’islam mais il demande aussi que les pays de tradition islamique nous accueille et nous respectent, donnant la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi. Il incite à éviter les généralisations face aux violences de certains. Il reprendra ces thèmes à plusieurs reprises. Le 4 avril 2014 : « Une attitude d’ouverture en vérité et dans l’amour doit caractériser le dialogue avec les croyants des religions non chrétiennes. Ce dialogue est une condition nécessaire pour la paix dans le monde et, par conséquent un devoir pour les chrétiens ». Une visite en Turquie donne lieu à une déclaration le 11 novembre 2014 où il demande au monde musulman de condamner le terrorisme islamiste qui nuit à l’islam, durant ce même voyage, il prie longuement à la Mosquée bleue d’Istanbul pour la Turquie et le monde le 2 décembre, il dira aussi que : »Le coran est un livre de paix ». Le 1° janvier 2015, il déclare que « Le dialogue interreligieux doit se fonder sur une présentation complète et sincère de nos convictions respectives ».

               A l »issue de ce parcours historique, quelques mots ont été dit sur les conditions d’un dialogue réussi entre chrétiens et musulmans. Concluons par une citation du Père Christian de Chergé : le prieur des moines de Thibirine : «Les notes jouées par les Eglises et les religions ne sont pas spontanément en harmonie, mais nous pouvons « chercher les notes qui s’accordent », celles-ci existent puisque c’est le même Esprit qui est à l’œuvre en tous et le même Verbe qui parle à travers tous ».

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