Mar 122015
 

IV – Jésus est renié par Pierre :

Marc 14, 66-72 :
Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.

DSC03947          Pendant que Jésus comparaît devant le grand prêtre, Pierre est avec ceux qui se sont rassemblés dans la cour. Après s’être enfui de Gethsémani, il a dû rejoindre discrètement le cortège policier, pour suivre de loin celui dont il est le compagnon. Suivre certes, mais comme un anonyme mêlé à la foule. Il cherche la proximité la plus grande encore possible, et pourtant, il s’éloigne.  C’est l’accusation autant que sa peur qui le conduit à la périphérie, passant de la cour intérieure à l’extérieur de la maison ! La foule isole le Christ de ses compagnons et dresse une barrière de suspicion entre lui et ses proches : elle ne permet même plus la présence discrète et silencieuse que l’affection fraternelle recherche. Elle rejette au dehors, après avoir dévisagé, au nom d’une origine repérée et d’emblée soupçonnée ! Sur l’image, le doigt accusateur désigne Pierre à la vindicte populaire et le pousse à s’éloigner, de ceux qui lui en veulent, mais du même coup, de Jésus. De la clarté du feu qui permet d’être reconnu, il est rejeté à la nuit du dehors, aux ténèbres de sa peur et de son reniement : il est éloigné du foyer, de sa chaleur et de sa clarté, mis au ban de la société. Tout comme le Christ l’est déjà : c’est la seule des 14 stations dont il est absent.

 Ainsi, la scène du reniement de Pierre, apparaît comme emblématique de tous les racismes ordinaires et des petits mépris quotidiens, de toutes les exclusions nourries de la peur et du soupçon. Elle apparaît aussi comme figurant le rejet du Christ et de ses disciples en dehors de la société des hommes : même la présence silencieuse et discrète n’est plus possible. Et l’on pense à tous les martyrs de notre époque, à ceux que l’on veut rejeter d’un territoire, à qui l’on dénie le droit de participer à la vie sociale d’un pays.

          Dans cette scène, nous est aussi donné à contempler la vaine tentative d’une proximité anonyme avec le Christ. Tenter de rester présent à ses côtés, sans être identifié est peine perdue, tout comme de vouloir être à ses côtés sans partager son opprobre et sa croix. Et Pierre qui, pour l’instant n’est pas de taille à affronter l’adversité, recule vers les ténèbres extérieures en protestant de son identité. Nous sommes ainsi renvoyés à l’avertissement de Jésus en Mathieu 16, 24-25 : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera ». Ce n’est pas encore l’heure de Pierre, et cela nous interroge sur la nature de notre relation au Christ, sur la conception de notre existence chrétienne. Sommes-nous de ceux qui souhaitent rester proche du Christ seulement pour les grâces, les faveurs, les aides qu’il nous donne ? Sommes-nous de ceux qui ne recherchent qu’une forme de cocooning spirituel, quitte à laisser tomber lorsque cela devient difficile ? Ou bien sommes-nous de ceux qui sont prêts à donner d’eux-mêmes, à se donner eux-mêmes, en toute gratuité, par amour ?

          La question du reniement de Pierre, c’est de savoir si nous préférons Dieu à ses dons ? C’est la question des martyrs de toutes époques, pour qui la Foi n’ouvre qu’une perspective de souffrance et de mort. Moins violemment, c’est aussi la question du témoignage explicite, de l’attestation publique de notre Foi et de la nouvelle évangélisation. Mais c’est aussi l’enjeu de notre persévérance dans la prière : la prière personnelle et silencieuse, lorsqu’il n’y a plus de consolation et que nous sommes appelés à durer dans l’aridité intérieure; la prière communautaire lorsque nous sommes appelés à persévérer dans des célébrations tristounettes parce que nos communautés ont encore une foi solide, sans avoir les ressources humaines pour animer des liturgies attrayantes.

V – Jésus est condamné par Pilate :

Marc 15, 1 – 15 :
Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. » Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », de nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! » Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! » Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.

La condamnation par Pilate est l’occasion d’une question posée à la foule, et à la foule que nous sommes aujourd’hui :
Quel Messie voulons-nous ?

          Les historiens nous l’enseignent : Barrabas n’était pas un prisonnier de droit commun, mais un politique. Son nom exact est Jésus Barrabas ce qui signifie “Jésus, fils du Père”, et il était accusé d’avoir suscité et participé à des émeutes violentes, motivées par un nationalisme religieux et identitaire. Choisir entre Barrabas et Jésus, c’est choisir entre deux figures du Messie, entre deux Saluts : d’un côté, une Foi qui cherche à s’imposer en ce monde pour s’établir et s’institutionnaliser selon la logique des hommes, de l’autre, une Foi qui se propose selon la logique gratuite de l’amour de Dieu, dans toute sa fragilité et sa vulnérabilité.

          Pour Pilate, l’enjeu est d’importance et sa stratégie le démontre. Il ne s’agit pas pour lui d’établir la justice et le droit, mais de rétablir la tranquillité sociale en s’attirant les faveurs d’une foule à calmer. Le procès est politique, mais c’est un procès de politicien qui n’a cure du respect de la dignité humaine d’un accusé, pour ne chercher que l’approbation du plus grand nombre. Or, à bien lire le texte, cette foule est manipulée par un petit groupe, et c’est une opinion publique à qui l’on a travesti la vérité pour servir les intérêts de quelques-uns, qui en vient à réclamer la mort du Christ. Jésus va être condamné, pour satisfaire une population, ramener le calme dans les rues, les quartiers, les villages.

DSC03949          L’image encore, montre un doigt accusateur tendu vers Jésus, que l’on condamne en le désignant à la colère du peuple. Et Jésus garde le silence ! A quoi bon parler ? Face au Sanhédrin, il avait attesté de son identité, de son avenir céleste. Mais là, que dire à ceux qui n’agissent qu’en fonction des préoccupations immédiates de ce monde et pour qui la transcendance n’a aucun sens ? Que dire, à ceux pour qui la Foi, le sens ultime de l’existence et la vie éternelle ne sont pas des éléments à prendre en compte pour régler les affaires du temps ? Jésus en est réduit au silence, sans plus aucun argument à faire légitimement valoir aux yeux du procurateur Romain. Et Pilate s’en lave les mains ! Sous son doigt accusateur, la vasque d’eau qui rappelle ce geste évoque aussi le baptême véritable dans lequel Jésus va être immergé : sa condamnation le plonge désormais vers une mort inéluctable.

Ainsi, le Verbe incarné, la Parole divine est réduite au silence. Il y a là une actualité de ce procès qui nous devient ainsi contemporain. Jésus rejoint ainsi toutes les victimes des opinions publiques manipulées par des lobbys, toutes les victimes de décisions politiques irresponsables visant des gains de popularité au mépris de la vérité. Il rejoint aussi tous ceux qui sont réduits au silence, car désarmés face à ceux qui maîtrisent les opinions publiques. Et de là retentit l’appel à convertir nos prises de paroles, notamment dans les débats publics, communautaires, dans les diverses polémiques qui ne manquent pas d’alimenter nos vies. Me revient en mémoire l’interrogation d’un confesseur qui me demandait un jour :
                « est-ce que tu cherches la vérité, ou est-ce que tu cherches à avoir raison ? »

VI – Jésus est flagellé et couronné d’épines :

Marc 15, 16-20 :
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! » Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, (…)

          Après le procès et la condamnation, les soldats se laissent aller à des outrages gratuits. Jésus est tourné en dérision. L’image fait contraster le mouvement des fouets qui s’acharnent et des lances brandies, avec la posture immobile du Christ, attaché à un poteau. Et cette couronne d’épines ensanglantée qui déchire l’image en même temps que la tête. Et cette déchirure de douleur et de sang va désormais marquer toutes les autres stations de ce chemin. Le Christ est là, humilié, bafoué, et à travers lui, le peuple des croyants : à travers le monarque, ce sont également les sujets que l’on méprise.

Dans cet acharnement des soldats, c’est l’humiliation gratuite qui se déchaîne, la haine de l’autre. Après avoir été condamné par un tribunal, le Christ est victime de la bêtise humaine. En dehors de toute procédure judiciaire et légale il devient la victime d’un surcroît de violence que rien ne justifie, et que seule l’idiotie des hommes explique. Il devient la proie de ceux qui s’amusent au détriment des personnes vulnérables et sans défense, de ceux qui  sans raison, laissent libre cours à leur bêtise et à leur méchanceté, pour abuser de la faiblesse d’autrui..
Désormais, l’agression est physique, la souffrance devient aussi douleur, les chairs sont déchirées, le sang coule.

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