Avr 052015
 

X – Jésus est mis en croix :

Marc 15, 22 – 27 :
Et ils amènent Jésus au lieu-dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.

          Ça y est, Jésus parvient au lieu-dit Golgotha, situé à l’extérieur des remparts de Jérusalem. Il est désormais à la périphérie, exclu parmi les exclus. Cette périphérie, c’est d’abord celle de la croix. Or les évangiles n’en disent quasiment rien. Cet évènement est le cœur de la Passion, mais Marc, comme Mathieu, Luc et Jean le réduisent à quelques mots, même pas une phrase : « Alors, ils le crucifient, (…) » Cette brièveté dans les textes, ce manque d’informations (rien sur la forme de la croix, sur les détails du supplice, sur la douleur de Jésus !?) se retrouvent dans la littérature de cette époque. Et les historiens nous enseignent qu’il y a là un fait révélateur de ce qu’est la croix : le châtiment le plus abjecte, celui que l’on réserve aux basses classes, aux étrangers, aux esclaves. C’est le châtiment barbare le plus dégoûtant et dont on ne parle pas. La mort trop cruelle et pitoyable pour être évoquée sans indécence. La mort honteuse par excellence ! La croix place ainsi Jésus aux périphéries de la société, et le range parmi les catégories sociales les moins considérées.

station_10La crucifixion est précédée d’une première offrande de vin (Mc 15,23), décrite avec un vocabulaire différent de la seconde qui sera faite un peu plus tard (Mc 15, 36). Ce vin aromatisé de myrrhe est un anesthésique offert au condamné pour l’abrutir, endormir la douleur en le faisant passer dans un état second. Mais Jésus refuse ! Au seuil de sa mort, il veut rester lucide et conscient jusqu’au bout, garder autant que faire se peut la liberté qui lui reste. Aussi paradoxal que cela puisse paraître à dire, Jésus, parce qu’il donne sa vie, ne veut pas qu’on lui vole sa mort ! Les forces qui lui restent sont suffisantes pour ce refus d’un produit narcotique, traduisant l’engagement à assumer jusqu’au bout, à vivre pleinement sa mort. Dans le mystère dramatique de la souffrance, se joue, en Christ, la dignité de l’homme, sa liberté, sa volonté. Même s’il n’y a qu’une issue possible, même si le chemin est tracé sans aucune échappatoire possible, Jésus ne se laisse pas avilir et anéantir par avance, il refuse de subir.

A l’image, la lance n’est plus pointée vers le Christ, mais elle pointe vers le ciel en passant au milieu des deux croix, à la place même où celle de Jésus sera fichée. La lance tout à l’heure menaçante, indique désormais la voie du ciel, et l’outil de la violence devient signe d’espérance, tout comme la croix de la torture va devenir l’instrument du Salut. Le Christ est à terre, certes, mais sa manière d’assumer sa mort ouvre la voie de l’élévation.

          En cela, nous est révélée l’inaltérable dignité de l’Homme, qu’aucune mort, même la plus lamentable et honteuse, ne peut diminuer ni enlever. Il y a là une question grave pour nos sociétés d’aujourd’hui qui proposent la sédation profonde à ceux qui parviennent douloureusement à la périphérie de leur vie, et qui de fait, sont placés à la périphérie de nos existences. Lorsque la mort n’est plus regardée en face, devenant un tabou pour notre monde, comment permettre à ceux qui la vivent de l’assumer dans le respect de la dignité humaine ? Drame d’une société sans Foi pour laquelle la mort n’est qu’une fin qu’on ne saurait faire patienter et que nous serions maitre de précipiter ! Espérance des croyants, pour qui elle est  passage et promesse, qui demande qu’on y soit disposé.

XI – Jésus promet le Royaume au bon larron :

Luc 23, 35 – 43 :
Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

          Jésus est en croix, et comme si cela ne suffisait pas, la moquerie vient s’ajouter à la douleur pour humilier le condamné. On l’injurie, on lui fait une deuxième offrande de vin, mais cette fois, d’une mauvaise boisson, qui amplifie la cruauté des faits. Jésus est tourné en dérision dans sa prétention à être le Christ. Pour ceux qui se moquent, la violence et la mort sont brandies comme preuve qu’il n’est pas le Messie et viennent signer son échec. Paradoxe suprême, le juste est exécuté avec deux malfaiteurs, catalogué comme un violent parmi d’autres violents. Finalement, sur cette terrible croix se joue le troisième procès de Jésus : il y a une accusation et une défense aussi, mais là, pas d’enjeux qui soit religieux, politique ou même social. C’est le procès intenté par les moqueurs, motivé par la bêtise. Mais à travers l’injure de l’un des malfaiteurs, c’est également le procès qu’intente le désespoir de l’homme condamné, de celui qui hurle son impuissance, sa colère et sa détresse face à  l’impossibilité de s’en sortir. Et dans l’attitude des deux malfaiteurs transparait la différence de Foi : la colère et l’injure traduisent le déficit d’espérance de celui qui cherche à revenir en arrière. La supplication de l’autre suppose la Foi en un avenir possible au-delà de la mort.

station_11Cette agonie du Christ en croix nous dit la proximité de Dieu avec ceux qui sont perdus, ceux qui ne s’en sortiront pas. Plus encore, elle nous dit la proximité du Christ avec les pêcheurs qui en appellent à lui. De fait, l’image nous montre ce condamné, levant la tête vers celui dont le visage parait pourtant résigné à l’impuissance. Le malfaiteur qui se reconnait coupable et avoue sa faute avant d’implorer le Christ pour être sauvé. Or, c’est le seul endroit dans les évangiles où le Fils de Dieu est interpellé directement et uniquement par son prénom : et Jésus accorde sa grâce ! Nulle part ailleurs ne se trouve une telle familiarité avec le Christ, et elle vient de la part d’un criminel condamné, d’un pécheur public, d’un de ceux pour lesquels il n’y a plus de rémission envisageable. Et Jésus ouvre une perspective au-delà de la condamnation. Avec le Christ, il n’y a plus de peine capitale, il n’y a plus de condamnation définitive. La grâce du Salut reste offerte et accessible.

Elle nous révèle aussi la radicale abnégation du Christ qui, mis au défi de se sauver lui-même, n’a comme seule réponse que de sauver l’autre, ce bon larron qui s’abandonne dans une ultime confiance, avec l’humilité de celui qui reconnait sa faute et s’abandonne à la miséricorde gracieuse de Dieu. Ainsi, le refus que Jésus avait opposé à la proposition d’un produit narcotique trouve son sens : au cœur de la souffrance, ravagé de douleurs, Jésus garde la lucidité et la liberté d’aimer, de pardonner, de donner sa vie pour un autre et d’ouvrir l’accès à la vie divine.

Alors même que la mort fait son œuvre, Jésus le Christ est puissance de vie,
et de vie éternelle,
laquelle se déploie en terme de grâce,
de miséricorde et de pardon.

XII – Jésus, Jean et Marie

Jean 19, 25-27 :
Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

station_12            Quelques-uns seulement sont restés au pied de la croix. Dans son agonie, Jésus voit ceux qui sont là. A bien lire le texte, c’est d’abord sa mère qu’il voit. Elle se tient là, avec les autres femmes qui sont restées attachées à Jésus jusque dans sa mort. A leurs côtés, le seul  disciple qui ait suivit Jésus jusqu’à la croix. Et par sa Parole, le Christ établit un lien de famille entre sa mère et ce disciple idéal. Dans son agonie, encore lucide malgré la souffrance inimaginable qu’il doit endurer, il reste capable d’attention. Plus encore, le Christ agonisant reste à ce point fécond qu’il fonde une famille, tissant des liens maternels et filiaux entre ceux qui le suivent. C’est déjà là un geste de Salut : alors même que le groupe des apôtres est en voie de dispersion, que la peur l’a fait éclater, Jésus recréé des relations, restaure un lien de parenté, et déjà s’engendre l’Eglise ! C’est dire si rien de sa vie n’est perdu, même pas les ultimes moments.

Tout est donné !

Comme pour ce qui a précédé avec le bon larron, nous est révélé ici l’inaltérable dignité humaine et le la fécondité de toute vie, même finissante. Cela nous renvoie à ces expériences si souvent vécues dans l’accompagnement des mourants : expérience de réconciliation entre membre d’une même famille ; expérience d’amour et de pardon donné et reçu à l’article de la mort ; expérience de libération qui permet aux uns de partir, aux autres de rester, mais tous dans la paix.

Ici, Marie préfigure l’Eglise, et ce disciple qui n’est pas nommé peut-être chacun d’entre nous, désormais appelé à être membre de la famille des enfants de Dieu, frère du Christ et recevant l’Eglise comme mère, comme celle qui engendre la vie divine.

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