Mar 142015
 

VII – Jésus est chargé de sa croix :

Jean 19, 17-18 :
« Et lui-même (Jésus), portant sa croix, sortit en direction du lieu-dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. »7° station, Jésus est chargé de sa croix

          Jésus est chargé de sa croix. Ici, il convient de relire le prophète Isaïe, au chapitre 53, 1-5 : « Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. »

          Cette croix qui pèse douloureusement sur les épaules du Christ, c’est donc le poids de nos péchés. Ce faisant, Jésus supporte le summum de l’injustice, car il paie le prix des fautes de toute l’humanité alors même qu’il n’y a pas plus innocent que lui. Il rejoint ainsi tous ceux qui ont à subir la conséquence du mal et de la faute des autres : il rejoint les enfants qui souffrent des conflits de leurs parents ; les blessés, les morts et endeuillés des accidents de la route victimes de l’imprudence des autres ; les condamnés des erreurs judiciaires ; les martyrs des dictatures ; les populations qui subissent les conséquences de ces guerres froides que l’on se fait par pays interposés. Il rejoint aussi toutes ces personnes qui supportent le poids d’une psychologie blessée à jamais par des agressions de toutes sortes.

          L’image nous le montre un genou à terre, déjà terrassé par cette croix trop lourde. Cette croix qui vient tirer un trait sur la ville de Jérusalem que l’on voit au loin, comme si le chemin de la cité terrestre était raturé : l’accès à la société des hommes est désormais barré, la possibilité de vivre est fermée ! Ployant sous le bois de cette croix, le christ est incliné vers le bas, visage orienté vers ces trois lances qui le menacent, comme s’il n’y avait plus d’autres perspectives que d’être empaler. Elles indiquent le terme de la route qui, à vues humaines, est une impasse : celle de la mort. Et l’on pense à tous ceux qui, cernés de souffrance et de mort, ne se voient proposer d’autres issues que des impasses !

VIII – Symon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix :

8 station, simon de cyrène aide Jésus à porter sa croixMarc 15, 21 :
« (…) et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. »

            Jésus, le Christ, le Fils de Dieu se révèle à nous dans sa faiblesse et sa fragilité : L’image nous le montre à terre, appuyé sur sa main et sur le rocher, comme à Getsémani. Mais ici, il en est un qui ne dort pas et Jésus ne porte pas sa croix tout seul. Il n’est pas comme un surhomme, un de ces super-héros de bandes-dessinée capables d’affronter le mal sans avoir besoin de personne. Non, le Christ est homme comme nous, en toute fragilité. Il assume notre humanité jusque dans ses limites. Dans l’épreuve il a besoin d’un autre qui l’aide à porter une croix trop lourde pour les forces qui lui restent.

         Il rejoint là tout homme qui n’en peut plus, tout homme qui par lui-même est incapable de faire face, toute personne qui ne s’en sort pas sans que d’autres ne viennent la soutenir.
Et de cette humilité du Christ jaillit un double appel :
– l’appel au consentement à nos limites humaines, l’appel à passer de l’humiliation à l’humilité en acceptant le secours de nos frères. L’appel à demeurer pleinement humain en nous laissant aider et finalement aimer, alors même qu’il nous semble avoir perdu ce qui nous rendait aimable.
– l’appel aussi à consentir aux limites humaines de nos frères, à nous faire serviteur de ceux dont la croix est trop lourde, à accepter de porter un peu les fardeaux qui ne sont pas les nôtres.

          Et Simon survient, qui aide Jésus à porter le poids de son opprobre. A l’image, ses bras enserrent la croix de part et d’autres du bois. Il appartient aux deux côtés à la fois : à celui de la société au-delà du bois et à celui du condamné en deçà du même bois. Ce faisant, il semble pousser la rature qui séparait Jésus de la ville et l’isolait des hommes. La figure de Simon établit ainsi un lien entre celui qui souffre et la société. La compassion de l’homme, silencieuse mais concrètement active, vient briser l’exclusion que subit le Christ. Simon surgit comme l’appel à franchir les frontières excluantes par une charité en acte. Lorsque nous rejoignons nos frères en détresse, pour une aide et une solidarité concrète, c’est du Christ dont nous nous approchons, et ce faisant, même silencieusement, le Christ reste lié à ce monde alors même qu’on veut l’en rejeter. La charité comme ultime moyen de maintenir l’Alliance entre Dieu et l’humanité au cœur de sociétés qui prétendent se passer de lui !

IX – Jésus rencontre les femmes de Jérusalem :

 Luc 23, 27 – 31 :
« 
Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : “Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !” Alors on dira aux montagnes : “Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous.” Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

          9 station, jésus rencontre les femmes de JérusalemEtonnante scène que celle de la rencontre avec des femmes de Jérusalem. Il s’agit probablement des « pleureuses », qui accompagnaient les convois funéraires ou le cortège des condamnés. Elles ne sont pas identifiées autrement que par leur appartenance à la population de la ville. Elles expriment presque rituellement la souffrance qui jaillit de ce drame : celle du condamné, celle des proches voire de la foule. Ces femmes, dans leur rôle, rappellent que toute mort est un mal qui blesse l’humanité.

          A l’image, le bois de la croix trace une ligne parallèle à celle de la tête et des mains de ces femmes. Deux lignes dessinant le chemin de descente et d’abaissement qu’emprunte Jésus. Et chacune de ses mains peut évoquer dans son geste une des formes de la souffrance et du deuil.

           La main la plus haute qui se tend, ouverte, vers Jésus semble tenter mais en vain, de garder le contact avec le condamné. Elle dit à la fois le désir d’éviter la rupture et l’inéluctabilité de cette dernière. Elle exprime le déni de la mort, le refus de perdre ceux qui nous sont chers. La main du dessous est plaquée sur le front de l’une de ses femmes, dans un geste familier exprimant le choc et l’effroi devant ce que l’on ne peut éviter. Main de la désolation exprimant l’impuissance humaine à éviter la mort, et le consentement à cette impuissance humaine. En bas, les deux mains jointes, doigts croisés, levées vers le ciel, disent la supplication, la prière des désespérés qui dans leur impuissance s’en remettent à Dieu. Elles sont, dans la douleur, les deux mains de l’ultime espérance.

          Ainsi, la descente du Christ est celle qui progressivement, fait passer de l’impuissance humaine à l’appel du très haut. Chemin de prière qui oriente qui conduit le Christ à l’abandon entre les mains de celui-là seul qui pourra le délivrer. Jésus ne s’est pas ressuscité lui-même, il a été ressuscité par son Père ! Et du coup, c’est la seule station ou l’auréole du Christ est dessinée en arrière de la croix. Elle indique l’horizon de la vie éternelle, comme pour contrebalancer ce mouvement de descente vers la mort, que les mains désignent comme mouvement d’abandon.

            Ce paradoxe d’une descente vers la mort qui est chemin vers le Royaume dans l’abandon au Père, vient éclairer les mots surprenants que Jésus adresse à ces femmes. Même au cœur de sa Passion, Le Christ se révèle préoccupé du Salut de ses contemporains, et les invite à prendre la mesure des conséquences pour l’Homme d’un monde sans Dieu. Si l’on exclue le Christ de nos vies humaines, si l’on rejette la source de la vie, que va-t-il advenir de nos existences et de nos personnes ? La mort du Christ est un évènement plus dramatique pour l’humanité que pour Jésus lui-même.

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