Fév 142016
 

             Le jubilé de la miséricorde offre une opportunité de redécouvrir le sacrement du pardon. Dans ce cadre, il est d’ores et déjà prévu dans nos paroisses, une série de conférences sur « miséricorde et liturgie », qui fait suite à la série « la miséricorde dans la bible » du temps de l’Avent, et à la toute prochaine série « la miséricorde chez les saints » des conférences de carême. Ceci dit, le temps du carême étant l’occasion privilégiée de célébrer la réconciliation, vos prêtres n’ont pas voulu attendre pour commencer à évoquer ce sacrement et permettre à tous de le vivre au mieux. Cet article aborde le sujet, de manière assez concrète et formelle. Il constitue comme une lointaine introduction aux conférences à venir.

Avertissement :
Cet article n’est pas le fruit d’une méditation personnelle de vos prêtres. Il est une synthèse de ce que nous dit l’Église dans le rituel de la pénitence et de la réconciliation, tel qu’il a été approuvé et édité par les évêques de la Commission Internationale Francophone et confirmé par la Congrégation pour les Sacrements et le Culte Divin.

            réconci22Le vocabulaire de l’Église nous fait utiliser tour à tour plusieurs expressions pour désigner une même réalité : on évoque le sacrement du pardon, ou de la réconciliation, la pénitence, la conversion, la confession, voire d’autres encore. Chacun de ces mots peut effectivement être utilisé, mais un par un, ces mots ne désignent qu’un des aspects du sacrement, de sorte que c’est leur complémentarité qui devient éclairante pour comprendre ce dont il s’agit dans une telle célébration. Plus encore, ils nous disent les différentes étapes qui constituent le chemin vers l’amitié retrouvée avec Dieu, qu’ouvre le sacrement.

I – La conversion : C’est l’initiative de Dieu qui appelle et suscite en l’Homme un élan vers la vie éternelle. Il s’agit du désir et de la volonté d’un changement radical d’orientation, pour que notre vie soit entièrement tournée vers le Père, vers son Royaume et la vie éternelle qui nous est offerte. C’est un changement intérieur qui nous pousse à vouloir suivre le Christ pour aller vers le Père, sous l’influence de l’Esprit Saint. A l’initiative de Dieu qu’est la conversion, répond la contrition de l’Homme, c’est-à-dire d’une prise de conscience de nos péchés et du mal dont ils sont la cause, d’un regret sincère de ces péchés et de la résolution de ne plus les commettre. Conversion et contrition désignent donc ce qui se passe dans l’intimité du cœur des hommes lorsqu’ils se mettent à évaluer leurs actes et leur vie pour ordonner ceux-ci à l’appel de Dieu.

II – La confession : la conversion et la contrition conduisent à la confession, c’est-à-dire à une connaissance de soi-même et de Dieu qui49297_3 s’exprime dans l’attestation de l’amour du Père et l’expression de nos fautes. Il s’agit d’avouer ce que Dieu a fait pour nous, ce à quoi il nous appelle et ce en quoi nous n’accueillons pas sa grâce. La confession se fait dans un dialogue avec le prêtre qui, au nom du Christ (“in personna christi”), aide à éclairer la conscience d’une personne pour qu’elle devienne lucide sur sa relation à Dieu et ce qui l’abime.

III – la pénitence : C’est l’ensemble des actes concrets par lesquels se réalise la conversion. La pénitence est donc l‘incarnation de la conversion, qui réalise, manifeste et fait fructifier le changement intérieur de la personne. Elle constitue donc la satisfaction pour les péchés, dans le sens où elle offre la possibilité de réparer au mieux les dommages causés ainsi que les moyens pour ne pas recommencer. Le genre et l’ampleur de la satisfaction est donc adapté à chaque pénitent.

IV – le Pardon : C’est l’action de Dieu qui fait miséricorde, qui persiste à s’offrir aux hommes qui l’ont rejeté. Au-delà du don (par-don), sur la croix, le Christ maintient ouverte la porte de la réconciliation à ceux-là même qui le crucifient. Ce pardon s’accueille dans l’absolution qui accomplit le sacrement. Pour cela, le prêtre, “in personna christi”, récite une formule qui ne vient pas de lui-même, laquelle dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit : Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, par la mission de l’Église et le pouvoir confié au prêtre, réintègre pleinement le pénitent dans l’Alliance.

V – la réconciliation : Cela désigne le but, le résultat du chemin parcouru dans les étapes qui précèdent : l’alliance renouvelée à Dieu. Il s’agit bien d’un but à atteindre au terme d’un cheminement. Pour que la réconciliation soit vécue en vérité, il ne suffit pas que Dieu veuille pardonner, il ne suffit pas non plus que l’homme regrette ses péchés. Mais il faut que le pardon et le repentir se rejoignent concrètement dans la pénitence qui conduit à la communion.

image_07Conclusion :                    Comme on le comprend mieux désormais, chacun de ces mots est complémentaire aux autres pour décrire ce qui est en jeu dans le sacrement. Si l’on évoque uniquement le pardon et la réconciliation, on ne parle que du don de Dieu en oubliant la nécessaire démarche de l’Homme. Mais si l’on insiste que sur la contrition et la pénitence, on centre l’attention sur les efforts de l’Homme en négligeant l’initiative libre et gracieuse de Dieu. Pour synthétiser tout cela, on peut écrire que la contrition nous dit ce qui est à vivre (quoi) ; la pénitence, la manière de le vivre (comment) ; la réconciliation, en vue de quoi le vivre (pourquoi). La conversion et le pardon, grâce à qui le vivre (avec qui).

 

Liturgiquement :

               Les réalités décrites dans l’explication du vocabulaire ci-dessus se déploient dans la célébration liturgique du sacrement, de la manière suivante :

  • 1 :           Accueil mutuel : le pénitent et le prêtre se reçoivent et se mettent en présence de Dieu, qui par et grâce à eux a l’initiative de les appeler et de les conduire l’un à l’autre. Le pénitent demande la bénédiction du prêtre (“bénissez-moi, mon père, parce que j’ai péché”.) Celui-ci répond par une brève formule et tous les deux font le signe de la croix : c’est bien au nom de Dieu Trinité que la rencontre va se vivre.sacrement-reconciliation-copie-1
  • 2 :           La contrition du pénitent est signifiée, par la récitation du “Je confesse à Dieu”, qui situe les deux personnes dans le dialogue avec Dieu au cœur de l’Église.
  • 3 :           La conversion passant par l’écoute des appels que Dieu nous adresse, ce sacrement comme tout sacrement suppose l’écoute de la Parole de Dieu. Une lecture d’un passage de l’Écriture Sainte fait partie intégrante du sacrement. Soit elle s’insère dans la liturgie elle-même, soit elle est évoquée par le pénitent comme lecture préliminaire à son examen de conscience.
  • 4 :           Aveu des péchés : le pénitent dit sa Foi en Dieu qui aime et qui pardonne, puis avoue ses péchés. Ainsi peut s’amorcer un dialogue avec le prêtre qui aide à éclairer la conscience de la personne.
  • 5 :           Avec le pénitent, le prêtre cherche ensuite une pénitence, c’est-à-dire un geste concret (prière ; service ; effort) qui permette à la personne de collaborer avec la grâce de Dieu pour se laisser transformer en lui, de sorte qu’à la mesure et au gré de la grâce, il soit libéré de tout péché et de tout mal.arton1209
  • 6 :           Le prêtre et le pénitent s’adressent alors à Dieu pour demander son pardon et sa grâce. Ensemble, il récite un acte de contrition de leur choix, qui peut-être tout ou partie d’un psaume pénitentiel, ou bien encore une prière adaptée.
  • 7 :           Le prêtre étend la main droite ou les deux mains vers le pénitent, dit la formule d’absolution qu’il termine en traçant le signe de la croix. Le pénitent accueille cette absolution en répondant : “amen”.
  • 8 :           Après l’absolution, le prêtre envoie le pénitent et l’invite à l’action de grâce. Quelle que soit la formule employée, le pénitent répond : “Béni soit Dieu maintenant et toujours”.

Remarques :

  • le rituel donne très peu de précision quant aux attitudes corporelles des célébrants. Mais en fonction de la santé de chacun, il peut être bon de recevoir l’absolution dans une autre attitude que celle adoptée pour le dialogue qui précède. Si l’on était assis, on pourra par exemple se mettre à genoux ou debout.
  • Lors des célébrations communautaires, il va de soi que les étapes 1 à 3 sont collectives. Les pénitents, lorsqu’ils rejoignent un des prêtres présents, commencent directement par l’aveu de leurs fautes.

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