Avr 182014
 

Dans l’Evangile de Luc :

Lorsqu’on fut arrivé au lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort. Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Il était déjà presque midi ; l’obscurité se fit dans tout le pays jusqu’à trois heures, car le soleil s’était caché. Le rideau du Temple se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira. À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c’était un juste. » Et tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.

6 aspects à méditer :

* Le cri de Jésus (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné) est le début du psaume 22, prière de ceux qui désespèrent d’un Dieu qui se cache, tourmentés par son absence. Jésus est ainsi identifié avec l’humanité souffrant de cette absence de Dieu, souffrance qu’il prend sur lui, qu’il partage et qu’il assume. Le Ps 22 raconte toute la Passion à l’avance. Si dans ce psaume est inscrite la souffrance, l’humiliation et le désespoir, est présente aussi la confiance et la certitude d’un Salut. Prononcer les premières Paroles, c’est dire tout cela à la fois ! Et ce cri est à relier avec la certitude affichée par Jésus d’entrer en communion avec le Père au-delà de la mort. Certitude offerte au bon larron comme une promesse : « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ». Paradoxe d’une souffrance réelle et d’un désespoir non-feint, qui assume les nôtres, et se lie à une confiance absolue dans le Père et la certitude que la promesse sera réalisée. Mais cette citation d’un psaume nous dit que si rien n’est supprimé dans l’horreur de la Passion, la souffrance du Christ porte déjà en elle la rédemption et la vie éternelle. Lié aux paroles adressées au bon larron, cette souffrance du Christ et cette promesse s’ouvrent à toute l’humanité et à chacun d’entre nous.regard larron

* « J’ai soif ! » : Dans Jn 9, 28 ss ; Lc 23, 36 ; Mc 15, 36 ; Mt 27, 48, les évangiles parlent d’une boisson vinaigrée. Il s’agit là d’un vin acidulé, très répandu parmi les pauvres comme boisson désaltérante. Les soldats avaient effectivement l’habitude d’en donner si besoin aux condamnés. Avec la mention unanime dans les 4 évangiles de cet épisode, la scène de la crucifixion apparaît dans un grand réalisme, mais également comme accomplissement des Ecritures puisque cela avait été annoncé dans le psaume 69, 22 : « quand j’avais soif, ils m’ont donné du vinaigre ». La réalisation du projet de Dieu nous est ainsi dévoilée dans l’histoire la plus concrète, la réalité la plus vraie. Qui plus est, la mention de ce vin des pauvres, de cette boisson aigre et de mauvaise qualité renvoie au chapitre 5 du livre d’Isaïe. Dans cette partie du livre, Dieu se lamente sur son peuple, comparé à une vigne cultivée par le seigneur mais qui pourtant ne donne que de mauvais raisins, des raisins sauvages ! Relié à ce texte, le récit de la Passion devient ainsi une interrogation qui nous est faite : dans le Christ souffrant du mépris et du rejet par les hommes, Dieu nous dit sa soif, son attente, et qu’avons-nous à lui offrir, à lui qui a tant fait pour nous ? Le cri de Jésus, « J’ai soif », est adressé à chacun d’entre-nous ! Mais cette boisson effectivement offerte et acceptée renvoie à une autre qui elle, est refusée. En effet, dans les évangiles, deux boissons sont évoquées : En Mc 15, 23, juste avant la crucifixion, un vin aromatisé de myrrhe ; en Mt 27, 34, un vin mêlé de fiel. D’après les historiens, il s’agit-là d’une boisson narcotique (une drogue) anesthésiante, offerte aux condamnés pour atténuer la douleur. Et Jésus refuse cette boisson-là, comme s’il voulait aller au bout de la souffrance, ne rien atténuer dans ce qu’il assume, demeurer absolument dans la réalité, même la plus cruelle, et ne surtout pas faire semblant.

* « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » Chez Luc, le v 46 est le dernier mot de Dieu prononcé dans nos histoires et qui en dévoile le sens ultime. Si mourir, c’est s’abandonner à Dieu pour entrer dans son intimité, alors vivre, c’est venir de lui, se recevoir de lui, cheminer vers lui. Cette dernière Parole du Christ est à relier à la première qu’il prononce alors qu’il est enfant : « pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas qu’il me faut-être chez mon Père ? » Lc 2, 42. De sa première à sa dernière parole, Jésus donne le sens de nos vies, celle d’être des trajectoires orientées vers le Royaume de Dieu ; des vies au cours desquelles nous nous laissons adopter et éduquer comme Fils de Dieu, allant à la rencontre de leur Père.

* Le rideau du temple est un élément d’ameublement avec une signification théologique forte. Ce rideau séparait le Saint des Saints du reste du bâtiment. Seul le Grand-Prêtre, une seule fois par an, pouvait passer de l’autre côté du rideau, entrer dans le Saint des Saints et prononcer le nom de Dieu. La présence de Dieu était signifiée tout en étant voilée et en quelque sorte fermée. Le déchirement de ce rideau signifie qu’avec la mort de Jésus en croix, Dieu se dévoile, Dieu lui-même se dévoile dans le crucifié comme celui qui aime jusqu’à la mort Désormais, l’accès à Dieu est ouvert et libre, la mort de Jésus ouvre une brèche vers le Père.

* Le bon larron, le centurion et Joseph d’Arimathie

bon larron

            – Bon larron se désolidarise du mauvais

            – Le centurion de désolidarise des soldats moqueurs

            – Joseph d’Arimathie se désolidarise du grand Conseil

Ces trois hommes sont issus et représentatifs des catégories qui ont condamné Jésus : le bon larron fait partie des partisans de Barrabas en quête d’un messie violent qui impose sa loi, de cette foule qui réclame la crucifixion de Jésus ; le centurion fait partie des soldats romains, représentants de l’autorité judiciaire et qui humilient, torturent et font appliquer la peine de mort à Jésus ; Joseph est membre du Conseil, un de ses chefs du peuple, représentant de l’autorité religieuse qui complote contre le Christ. Et pourtant, issus des pécheurs, ces trois hommes s’en désolidarisent ! Leurs présence, paroles et actes signalent la possibilité de la conversion, le pardon de Dieu qui déjà surgit pour les hommes et l’effet de la grâce qui convertit les cœurs.  A ces trois hommes, s’ajoutent la réaction de la foule, qui s’en va en se frappant la poitrine, ce qui est un geste liturgique de demande de pardon, et manifeste la lucidité des personnes sur ce qui vient d’être commis. Autrement dit, par son silence, sa persistance dans l’amour, Jésus triomphe de la triple haine qui se déchaîne contre lui, par le pouvoir religieux, l’autorité politique et la société. Et déjà, sa victoire devient efficace en ceux qui en furent les témoins : le bon larron choisit la vie, le centurion reconnaît le juste, le divinité de Jésus, et Joseph lie son destin à celui du Christ en prenant soin de son corps alors-même que le sabbat l’interdit, la foule admet son péché et se repent. Il y d’emblée une efficacité de la mort du Christ avant l’annonce même de la résurrection.

* Les femmes qui se tenaient là et regardaient ! Contemplation du crucifié, attitude apaisante après la raillerie et moqueries. A notre tour, prenons le temps de regarder le crucifié.

                                                                                                Bon vendredi saint !

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